C’est pour ça que je vous garde ici!


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Classé sous (Ex-Ivrogneries) par Exivrogne le 11-02-2008

soif2  Ce soir je vais te décevoir. Puis elle aussi peut-être. Puis faire peur à elle un peu. Ce soir si tes lecteurs atterissent ici pour trouver un beau grand truc, plein des silences que tu dis criants et des lettres qui font de drôles de notes, on va les envoyer là, ça va leur filer une claque et faire que t’auras pas menti.  Arriver première dans le French Canadian Patente Award a ses obligations de rigueur.  Puis l’autre que je vais décevoir, c’est même pas ma faute. Puis celle à qui ça fait toujours un peu peur dans ce temps-là, ben elle va continuer de faire semblant de pas prier tout en conversant comme une fêlée avec ma grand-mère qui avait promis de me filer un coup de main dans ce temps-là.

J’ai soif.

C’est pas la première fois, c’est pire qu’une crampe d’impureté qu’on tente de calmer devant un campus de nymphettes qui vous retiennent prisonnier. J’ai soif, la soif souffrante que ressent l’ivrogne. Petite elle va d’ailleurs sûrement garder l’oeil sur ce qui se passera ici, vous seriez gentils de pas lui donner raison qu’on est un peu débiles en écrivant toute sorte de conneries de génie dans mes commentaires, Petite elle a soif aussi, assez pour décider de modérer la bouteille, et puisqu’elle est pas alcolo, ce serait bien que vous lui fassiez pas complètement peur de le devenir!

Mais j’ai soif.

Dans ce temps-là mon cerveau il se met à se dire tout un tas de trucs, à négocier avec tous les arguments que la maladie, aussi pernicieuse soit-elle, peut trouver pour vous mener en bateau. D’ailleurs, le mot ivrogne a la drôle de connotation qui laisse à penser que j’aurais pu boire de l’alcool à friction habillé comme un clochard, pourtant, j’ai peut-être été à vos côtés dans vos virées des clubs m’as-tu-vu alors que j’étais bien souvent triste de voir ce que vous donniez à votre palais comme torture liquide pour des raisons économiques. J’aimais boire, et je traitais ma passion en lui offrant des maîtresses de ce nom. La vie me les parade encore, il m’arrive souvent d’avoir envie de poser mon nez dans leur cou pour sentir les parfums d’avant.  C’est de cette soif, aussi, dont je parle.

Mais j’ai soif.

J’écris “ivrogne” parce que dans cette solitude aussi, j’étais tout à fait capable d’apprécier une canette ouverte depuis des heures et laissée de côté le temps que le sommeil éthylique passe et me laisse reprendre mes esprit. Ivrogne parce que faute de parfum, la matière de base pouvait faire parfaitement l’affaire. On va pas badiner sur la couleur quand les tremblements sont si sévères qu’on ne peut même plus écrire.

Suis allé voir un groupe d’alcooliques l’autre jour. On a une règle sur l’anonymat entre nous. L’un deux a pas jugé important de la respecter. Je me suis ramassé dans de drôles de situations qui appellent au pardon et à quelques joyeux “je vous salue Marie!” Mon métier permet pas plus qu’au chirurgien de vous faire penser que je peux me tromper. Depuis j’ai écarté l’idée de retourner dans des groupes d’entraide à moins que ce soit bien loin de chez-moi. Même là je n’ai jamais cette garantie de passer tout à fait incognito.

C’est pour ça que je vous aime et que je vous garde ici. Même que malgré tout le respect que j’ai pour ce mec que j’aime à lire souvent, pour l’éthique et pour le contenu, je persiste à croire que l’anonymat est ce qui me sauve la vie, chaque soir, chaque fois où pas mal bourré de tristesse, j’ai soif.  Ce sera pas pour aujourd’hui que j’irai lui donner raison à la soif, même qu’elle m’a déjà torturé davantage, dans ce temps-là, souvent, comme je l’ai suggéré à la Petite, “si tu allais voir à ma place si on peut y arriver à seulement quelques verres”. Puis, surtout, je les supplie de revenir en un seul morceau, le coeur pas trop brisé.

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