La marcheuse
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Classé sous (La vie ensuite) par Exivrogne le 10-03-2008
La marcheuse. On pourrait l’appeler blue jean. On le fera pas parce que Mistral l’a déjà fait. C’est d’ailleurs con commencer un truc en nommant un génie, ça jette de l’ombre sur tout ce qu’on pourrait écrire ensuite. On devrait jamais se plaindre qu’il fait noir quand on est derrière un géant qui a le nez face au soleil.
D’ailleurs, si je crois que les mots sont des enfants mal élevés, c’est parce que j’en connais qui les domptent. On aime les mots comme on adore les fauves. On admire ceux qui savent les retenir dans un univers de liberté pas du tout artificiel, sinon on admire les autres, comme Poulin tiens, qui les aime à n’en garder que quelques uns, du premier au point, avec des pauses partout pour les caresses de virgules.
C’est important ce bout-là, parce que sinon, comme pas mal souvent, vous allez pas beaucoup comprendre. Tenez-vous le pour dit, j’aime l’amour qui prend l’unique de la faune, qui retient la syllabe du plus beau mot, celle qui est la caresse du geste, la partie du tout qui fait qu’on lui pardonne le reste, l’unique qui rend l’ensemble plus supportable. C’est comme l’espoir au fond, c’est présent que lorsque tout se déchaîne.
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De ma vitre de bureau je suis aussi mal foutu qu’un poisson. Ce serait presque aussi triste si ce n’était que la situation est inversée complètement: la vitre est miroir. C’est pareil que lorsque vous vous demandez, durant une peine d’amour, pendant que vous visitez le zoo, qui est à tenter de comprendre qui, de la bête ou la bête faite homme. C’est comme lorsque vous regardez le macaque et que vous réalisez que vous le fascinez peut-être plus que vous ne le saisissez.
Alors vous passez par centaine sur cette rue. C’est nécessaire pour allez vous encastrer dans des bus énormes de vos orgueils. Dites pas le contraire, que vous l’orgueil, je vous vois chaque jour descendre votre déjà basse taille de jeans, remonter le string, reluquer le total par dessus votre épaule, replacer le soutien-gorge. Mec que c’est pas autrement, c’est le torse qui se gonfle dès la première vitrine, les poings qui se crispent, on est si rigide quand on casserait sa propre gueule. L’anorexie des hommes, c’est de vouloir se fendre le crâne jusqu’à disparaître de soi.
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Ma vitre est la virgule de la longue phrase qui débute chez-vous et qui se termine à l’arrêt de bus. Vous faites la pause là, tous. Ce serait une vérité absolue si ce n’était de la marcheuse. C’est que la marcheuse, elle sait pas lire la poésie de trottoir. C’est que la marcheuse, dans sa peur qu’elle a d’y finir sa vie, couchée dessus ou pire à le faire, elle fait avec les trottoirs comme ceux qui marchent sur le feu, elle s’arrête surtout pas.
Je crois bien l’avoir remarqué dès ma première journée de boulot. Pas vingt ans, près de six pieds de future femme, des jambes longues faites pour aller s’étirer pendant une vie sous les sièges de bus, pour en prendre trois sinon, roulée en boule sur ceux du fond des monstres urbains. Des jambes longues comme une vie à fuire, élancées à se faire oublier, pareilles que la poitrine, absente, sans début ni fin, à l’oublier soi-même qu’on la porte. Inutile d’ailleurs une poitrine, que bon pour amuser ceux qui arrêtent, pour mieux fuir, ceux qui se disent que de toutes façons, vous avez plus besoin d’eux, vous avez ce truc pour nourrir les erreurs qui restent après ceux qui partent.
Quand c’est comme ça, donc, aussi bien pas s’arrêter. La marcheuse, elle a quelques part où aller.
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Le problème il est tout là. Pour savoir quand elle passe c’est plus simple. C’est un éclair, rapide. Toujours le même, vêtu de la même manière: blue jeans moulant, bottes western, le chemisier fleuri qui couvre à mi-cuisse, assez de boutons laissés libre pour qu’aucun doute ne subsiste sur l’absence du tout de d’autres celles.
La coiffure aussi identique chaque jour, teinture rougeâtre faite maison, une tignasse jusqu’aux fesses coiffée d’une casquette de chauffeur de loco. L’été dernier, seulement, il ne s’est pas passé une seule journée sans qu’elle ne soit aussi exactement charmante. Une présence triste, d’une détermination égale, aussi pareille et délicieusement identique.
L’hiver a fait le même truc que l’automne, le même petit manteau trois-quart de ceux qui cherchent les moyens des autres. Ouvert sur le même chemisier, exit la casquette, faut faire avec le capuchon. Quand on a froid autant au dedans, on se fiche de planter son absence aux yeux du monde. On se fout pas les mains dans les poches, on a les mains nues pour gifler la vie, on a besoin des les avoir libres les mains, libres de gestes inutiles, tellement nécessaire pour l’envoyer au tapis d’un coup.
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Je sais pas si la marcheuse étudie, travaille dans une boutique, à la recherche d’une émission branchée, je n’en sais rien. Pas plus que ce grand sac SAQ qui contient tous les secrets qui me font imaginer qu’elle va vers le bonheur. C’est ma lâcheté d’ailleurs, mon rêve à moi. Il faudrait être con comme une moule pour pas voir le mix décadent de haine et de peine qui lui maquille la tronche et que sa beauté perce à coup de violence d’une âme en rogne.
Je ne suis jamais sorti lui parler. Sa vie a pas de virgule, il m’en faudrait une énorme pour avoir le temps d’arracher les boutons de manchettes, la cravate, le veston, le cellulaire, le palm, le bouclier de ceux qu’on déteste quand on est dans cette vie, quand il faut marcher plus vite que ce qu’un trottoir peut faire pour vous garder.
Elle a jeté son vieux jeans, elle en a un nouveau. Depuis un mois, trente fois compté que je le vois. La chemise tient le coup, le manteau ouvert me l’a dit.
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Chaque fois que j’ai pris un peu la peine d’avancer dans ce que je fais le mieux dans cette vie, ce qui me flanque une cravate par défaut, ça a jamais été sans me faire détester ce fossé qui se creuse entre ces marcheuses et moi, des Renaud aussi, qu’il faut des centaines d’efforts pour franchir, entre deux hontes, des admirations muettes et sourdes comme les miennes pour des haines et des violences comme celles que je lui suppose. Peut-être un jour il serait bien que je sois assez grand, avant de m’étendre pour toujours tiens, le cul dans le velour et le satin d’une boîte trop vernie, ce serait bien donc que j’ai le courage d’échapper ce billet sur le trottoir. Encore mieux, lui donner. Peut-être qu’elle comprendrait qu’elle est jolie, dans ce parfum identique, qu’elle comprendrait que je crois qu’il va lui arriver mieux, bientôt.
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Ce soir le Drew il voulait qu’on lui pose des questions, j’en avait une pour lui qui me vient de Léveillée et qui me hante depuis toujours…
Les rendez-vous que l’on cesse d’attendre existent-ils dans quelque autre univers, où s’en vont-ils, les mots qu’on a pas pris le temps d’entendre, et l’amour inconnu, que nul n’a découvert.
Si jamais vous la reconnaissez, soyez moins lâches que moi et imprimez-lui ce truc, donnez-le lui, dites-lui que j’ai marché dans les même habits, que je vais me marier, que je vais être heureux, presque tout le temps, quand ce l’est pas c’est juste ma faute, que quelqu’une m’a trouvé, qu’elle me dit que je suis beau, que j’ai plus mon gros sac SAQ, que tout est mieux maintenant. Qu’un jour, c’est plus tard. Dites-lui qu’elle est peut-être cette réponse à Léveillée: Ils vont vite, sans pause, sans virgule, sur les phrases de poésie de trottoirs.

Cher Alcolo,
Amitiés
Chez nous, contre la solitude, certains tenanciers de bistrots avaient inventé les “tables de conversation”: Les personnes qui y prenaient place acceptaient que d’autres viennent les rejoindre et bavardent avec elles, sans devoir se présenter.
Après un ou deux ans, le bilan fut négatif (pour les cafetiers): les panneaux d’invitation ont alors progressivement disparu.
Je verrais bien ta marcheuse se sédentariser devant une de ces tables!
P.S. Les sentiments humains sont bien compliqués! Serait-ce un dégât collatéral de la civilisation?
Cher Alcolo (c’est Armand qui m’a appris!!!!),
Durant tout ce beau billet (quelle poésie!), je me suis vue assise sur une banquette d’un bar inconnu, seule, je ne sais où (certainement dans un endroit emprunté à un film que j’ai vu!)… je me suis vue le nez presque collé à la vitre, avec vue sur le trottoir, les voitures et les bus balayant la rue de leur vrombissement journalier… j’ai imaginé votre marcheuse… si belle… marchant vers une vie que vous semblez décrire si vide et sans but…
Je suis ciontente que votre marche à vous ait connu un but et un refuge, auprès de votre douce Félée…
C’est beau ce que vous écrivez…
Avec un Peter Gabriel (In the blodd of Eden), en fond sonore, le vent qui souffle dans le gris du ciel, la lumière tamisée, (je suis en congé aujourd’hui, rien que moi dans la maison, yes!!!)… ça aide à vivre votre imagination… merci pour la balade…
Affecteusement…
Très beau ce texte…
Quel texte…
Vraiment, y a de ces matins où en vous lisant, je me dis que vos écrits mériterait une jolie place en librairie.
Et puis sinon, comme je suis de celles qui ne parviennent pas à passer à coté de quoi que ce soit, peu importe la nature, je vous suggérerais de faire en sorte que votre marcheuse tombe -ou se relève- sur ce texte…
Mais ça c’est moi, avec ma philosophie et ma non volonté de subir mes propres “j’aurais donc dû”…
bpco écrit ” Vraiment, y a de ces matins où en vous lisant, je me dis que vos écrits mériterait une jolie place en librairie.”
Tout à fait en accord: je vous l’ai déjà écrit, vous avez tout le talent nécessaire pour publier vos écrits.
Et en passant, attention aux stats qui vont exploser!! Lagacé a découvert votre blog et en parle ce matin au http://blogues.cyberpresse.ca/lagace/?p=70720983
@ BPCO: oui je réfléchis à ce comment, faudra bien trouver une façon, on va suivre ça là, tiens, ce sera un suspense bloguesque! Du reste merci pour les bons mots.
@ Nickie: Oui, j’ai comme senti une vague de front, de face! Merci des gentillesses aussi! Hop au boulot!
Chers BPCO et Alcolo,
Comme je suppose que le but n’est pas lucratif, il existe plusieurs sites qui proposent en lecture des livres “classiques” ou des nouveautés.
J’ai, par exemple, dans mes liens,
http://www.ebooksgratuits.com/
Je ne suis pas certain qu’on puisse y mettre ses propres écrits, mais il y a certainement d’autres sites avec cette possibilité et avec davantage d’audience qu’un blog…
Amitiés
Bon matin! Quelle belle façon de commencer ma journée que de vous lire très cher…
Dompter les mots? Plutôt choisir de leur donner un cadre pour qu’ils jouent librement autour…
Quant à publier votre prose, j’appuie les motions ici proposées. Il y a tout un univers pour faire face au soleil…Et vous portez si bien vos lunettes fumées!
Sais pas. Chaque fois que je passe, je lis une ou deux bafouilles et… je n’aime pas! Sais pas ce que je n’aime pas, me pose la question, certes; mais ne cherche pas de réponse… Je n’aime pas.
On dirait l’entre-mots d’une chanson pas douce du tout. Une chanson avec beaucoup de drums et de bass. Pas beaucoup de paroles. Et cette histoire, dans la trame. Que personne ne saura, sauf s’il demande. Ou s’il lit, quelque part dans une anthologie, d’où venait l’inspiration pour la pauvre chanson si belle, restée cachée sur le Xe album.
Bon! Maintenant c’est toi qui apportes du trafic au blog de P.Lagacé parce que j’ai laissé mon côté voyeur l’emporter sur mon principe de ne plus aller de ce côté…
Je trouve toujours son blog inintéressant venant de quelqu’un qui est peut-être payé pour l’animer et qui bénificie de beaucoup moins de ressources que 95% des gens qui ont un blog. Blog, chroniques, il va y avoir du sport une fois sur 4, les franc-tireurs et j’en oublie…. n’est pas N. Brathwaite qui veut. Et puis Brathwaite il avait l’air fatigué et dépassé au gala des jutra. Et puis moi, tu sais l’ivrogne, que dans ma condition les workaolic ça m’étourdit
Finalement ça m’a réconforté dans ma prise de position
Tu devrais écrire des livres toi ! C’est incroyable. Vraiment très beau celui-là aussi.
J’ai l’impression de la voir cette fille, de la connaître limite. C’est tellement bien décrit.
Elle est universelle, Oh comme je m’y reconnais… quelle tristesse mais quelle grandeur. Je vous retourne ici, vos propres mots, car vous aussi savez très bien les faire danser ces mots qui éclairent notre réalité.
Je ne sais quoi dire autre que ce texte est assez percutant, une belle danse des mots domptés à la bonne mesure. Merci Alcolo.
et l’alcolo, qui nous fait du james blunt (you’re beautiful, it’s true)… je sais, c’est vache, mais, il en faut bien un pour dire une connerie: je sors donc mon chapeau de clown et mon serpentin !!!
et puis je sais surtout que vous comprendrez que je ne sais pas dire quand j’aime: ch’uis con, parfois…
Merci à tous et bienvenue à ceux qui arrivent là… je suis un peu triste parce que je dois quitter pour une réunion, que je vous avais préparé à chacun une tite réponse à vos gentils commentaires, et qu’elle s’est perdue dans WP…
Je résume: Non je n’ai pas le temps d’écrire de livre, ni ne pense que ma prose peut intéresser assez, ni que je serais pas assez perfectionniste pour que ce prenne des lunes.
Sinon autrement, ben je vous aime, mais ça, vous le saviez aussi! Même pandore, surtout qu’il fait tous les efforts pour essayer d’aimer malgré l’échec continuel!
Vous avez tout à fait raison, votre prose n’est pas intéressante, elle enivre et chavire l’âme à l’envers!! Ce qu’il vous faudrait c’est un bouquin du type ”Bouillon de poulet pour l’âme”… De petite histoires condensées.. qui lorsqu’elles deviennent trop lourdes à porter, peuvent être déposées sur la table de chevet et reprises au petit matin… La vie va vite, les gens ne prennent plus le temps, c’est pourquoi on se plait a lire des blogs… Je crois que vous pourriez aider plusieurs de ces ”marcheuses” si vous vous retrouviez à plus grande échelle… Bonne continuation! Moi je débute et je trouve la marche bien haute pour la trouillarde que je suis… J’aurais pu commencer par les chroniques de Lagacé… :S
xx
Chère Mandoline, rebienvenue à nouveau, je vois que vous êtes dans le grenier de la place vous! Vous semblez faire le truc à reculon, c’est bien, c’est même permis, c’est beau la liberté non? Ma future femme et présente fêlée me disait ça justement, que je devrais couper tous les arbres qui restent pour faire chier les gens avec mes bonheurs et leurs contraires. Je lui ai dit que c’est une sadique des forêts qui va finir sa vie en enfer. Bon, je vais aller vous voir chez-vous!
[...] ma douche, et juste avant mon petit dej, j’étais allée verser une petite larme chez l’Alcolo qui avait bien charger la bourrique ce matin… côté émotion… faut pas me la refaire [...]