Des vaches en stéréo!


Version imprimable de ce billet Version imprimable de ce billet

Classé sous (Ex-Ivrogneries) par Exivrogne le 14-03-2008

Je vous ai jamais parlé de ma relation avec la radio. Peut-être un peu, si! Quand je vous parlais de ma petite place dans le placard, dans notre chambre à trois enfants, souvent cinq. Ce petit coin d’intimité que je me gardais, mon espace à moi, là où je me racontais pas mal de choses.

Mon père était un tantinet fortuné. C’était pas pour changer grand chose, dans ce temps-là, les divorces se réglaient comme des batailles de saloon, ma mère, les enfants plein les bras, a pas dégainé la première.  Quitte pour une pension à chier et un demi sous-sol, 3 pièces et demi, vous le savez tout ça, j’ajouterai pas une couche de pathétique. Dites même pas merci.

Alors voilà. En cadeau le père m’avait filé un “kit électronique de 100 montages” qui était composé d’un tas de fils qui, connectés à différentes bornes du plateau, permettaient de réaliser certains trucs utiles. Ça allait d’un détecteur de liquide, un système d’alarme, un gazouilli d’oiseau électronique, une sirène d’auto de police, enfin, vous voyez toute l’utilité de la chose pour l’imaginaire débridé d’un enfant de 8 ans.

Sur les 100 montages, deux avaient retenu ma pleine faveur. Le premier, une lumière, toute simple. Tellement que sous les draps, j’avais qu’à mettre l’interrupteur sur “on” et j’étais quitte pour lire et lire des heures sans qu’on me les casse. Parce que vous saurez que lire chez-nous, comme rêver, c’était un luxe hors-de-prix. Il y avait aussi un autre montage, plus complexe celui-là, mais si parfaitement adapté à notre pauvreté, une radio au cristal!

Qu’est-ce que c’était? Je vous le file en mille.  Une cinquantaine de fils qui bien branchés, n’avaient absolument besoin d’aucun courant pour recevoir les ondes et transmettre le tout à la toute petite écouteur que l’on se flanquait dans la cire d’oreille.  Chez-nous, on savait comment faire pour pas échapper le peu qu’on avait. Les choses restaient en place.

C’est ce soir-là, celui-là où pour une fois j’ai eu le choix des stations, surtout celui de ne pas écouter CKAC, c’est ce soir-là donc que j’ai découvert Radio-Canada. Je n’écoutais plus, maintenant j’entendais. On ne parlait plus à la radio, on me parlait. Exit les nouvelles, les reportages avaient des sons d’ambiance, l’environnement autour de l’événement. On me transportait.

Un documentaire radio devenait une aventure. On était à Montréal? Le bruit des voitures pendant quelques secondes, les klaxons, les marcheurs et le bruit sourd des conversations quand elles s’emmêlent. Sur une ferme? Beuglement de vaches, le chien qui aboie, le pas des chevaux, les balles de foins qu’on entassent tandis qu’elles frappent contre le mur de la grange. Je m’occupais des images, eux du sons. J’avais un monde. Mes frères étaient pauvres, pas moi, j’étais ailleurs, eux ici, à côté, mais si loin aussi. On est à des milles, quand on rêve, de ceux qui habitent leurs désespoirs.

* * *

Souvent ma vie m’amène sur la route. Parfois, et c’est malheureux, c’est sans la fêlée. C’est le soir souvent. Comme ce soir donc, alors que je revenais, alors que j’ai pris ce malin plaisir pour pas être trop loin, de synthoniser Radio-Canada.  Allez, je vais pas vous dire que j’aime tout, même que j’aime pas mal peu. Mais je veux juste vous parler de ce bout que j’aime bien. Cette tentative absente d’essayer de me plaire. Cette manie que l’on a souvent ailleurs de me “formatter”, de me donner ce qui peut entrer, sur mesure. J’ai aimé que l’on me parle de Londre et du drame que c’est d’enlever les cabines téléphoniques! Vous le saviez vous que c’est devenu un objet patrimonial une cabine téléphonique en Angleterre? Le Louvre, la gouvernance française en a marre que trop d’oeuvres soient dans les caves. On décentralise les musées, ça s’en vient dit-on. Des musées satellites! Vous le saviez aussi? Bravo, moi pas!  Parait qu’en Afrique ils veulent plus du tout qu’on envoie de pompe pour les puits. Se les font voler, c’est ensuite revendu pour des riens. Savez ce qu’ils veulent? Qu’on cesse d’agir en colonisateur quand on aide! Ça m’en doutait un peu. Mais pour les pompes, savais pas. Vous saviez, je sais, mais pas moi.

Il y a 3 ados aussi, quelques part à Granby je pense. Ils veulent reprendre la ferme. Cinq générations. Ils vont tenter leur chance. Treize, quinze et 19 ans. On entendait les vaches, les “bales” de foin, le grattage de boose et tout. L’enfant sandwich expliquait qu’il souhaitait pas aller en ville, trop de bruits, trop de gens, trop de trop de tout.

Allez pas lui dire qu’il faut pas qu’il pense comme ça, parce que si ça continue, j’entendrai plus une vache à la radio.  Allez, à demain. Priez pour le dell en attendant qui chauffe encore trop! 

Commentaires:

19 Commentaires sur “Des vaches en stéréo!”

Laissez votre précieuse opinion!

Tags:
Separate individual tags by commas