Les autres silences
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Classé sous (La vie ensuite) par Exivrogne le 17-04-2008
J’hésite toujours à vous raconter des choses intimes ici. C’est pour plein de raisons d’ailleurs. J’en ai exposé une assez clairement dans ce billet, la fêlée l’avait fait beaucoup mieux que moi d’ailleurs dans celui-ci. On refera pas tout le propos, surtout que c’est pas souvent qu’on le fait pour que ça donne quelque chose.
Dans cette longue thérapie que je me suis offerte pour lutter contre l’alcoolisme, je dois bien avoir vu passer 200 personnes. Pour combler l’endroit, il en fallait 24. J’ai vu bien 10 fois tout l’environnement se refaire à neuf là-bas. Ce programme qui devait durer de 6 à 9 mois, j’y suis resté 14 pour bien consolider la chose. J’en ai même rajouté 6 en suivi pour être bien certain que je désirais vraiment m’assurer du bonheur.
Tous les échecs que j’ai rencontrés, chacun auquel j’ai pu assister tiennent sur trois points majeurs:
- La négation;
- Le désir sincère de ne faire que cesser de boire;
- L’orgueil.
La majorité donc de ces échecs étaient dûs à cette incapacité de se dire. Des soifs entretenues durant des jours et des semaines, parce que non dites. Des comportements qui sentaient la rechute à des kilomètres mais qui arrivaient mal à masquer la détresse profonde du sentiment de vide que peut laisser parfois la vie sans le verre. Des mois à chercher la fuite dans tout ce qui gèle et qui saoule mais qui ne se boit pas. Taire la soif est une chose, nier son mal de vivre et sa capacité de se geler dans tout ce qui peut créer un high ne menait qu’au même endroit, en bout de ligne.
Je vais bien ne t’en fait pas. Puis le silence. L’orgueil. Pourquoi? Parce que c’est chiants parfois quand l’écoute ou l’entraide font plus compliqué qu’un croustade aux pommes. Parce que je vous disais un truc aussi, il y a quelques jours seulement je crois…
Les voix, quand elles tremblent, c’est pareil que les feuilles. Si vous attendez un peu, si vous faites un certain nombre de silences, alors les automnes de la vie vont les casser sans rien dire.
La soif elle part, elle part toujours parce que je n’y cède pas. Elle part parce que je joue pas les curés qui ont la vocation et qui passent une vie de soutane en niant la tentation. Parce que je change ma vie comme je le peux, en tentant de devenir un meilleur être humain, mais surtout en ne réussissant pas toujours, comme en ce moment, comme depuis quelques temps. Ça aussi le taire serait dangereux, c’est souvent ce qu’on aime bien d’ici d’ailleurs, cette facilité que j’ai à vous dire que je suis tellement pas si bien que vous le pensez!

J’ai entendu…
Un curé outre la tentation ça ne fait pas aussi des confessions?
C’est difficile à concevoir ce que tu vis. Pour moi, de l’autre côté de la barrière : la fille d’un alcoolique. Quelle mauvaise épaule que la mienne pour te reposer. J’suis hermétique à tout, j’ai peur dès qu’on aborde le sujet. Je ne suis pas d’une aide efficace et je m’en veux, tu sais. Tu mérites que je te comprenne. Mais j’ai tellement un sale rapport avec l’alcoolisme…
Un jour, j’apprivoiserai tout ça… comme tu as réussi toi.
Affectueusement…
Pied de nez à l’échec:
1-briser l’isolement
2-dire, crier, hurler de toutes les façons possibles puis
3-regarder la bête dans les yeux en tenant la main du bonheur et lui dire que tu cèderas pas..
J’ai les oreilles grandes ouvertes…
Si les mots pouvaient se boire, je boirais ceux-là, sans conteste.
@ Mandoline: Je crois qu’on s’est tout dit sur ce sujet par MSN!
@ Juliette: On peut surtout faire les deux sans être curé, mais c’est plus rare!
@ Véro: Il n’était pas besoin de le dire, vous êtes ces silences, j’en demandais pas plus, surtout que ce serait un drôle de manque de respect de vous demander de m’épauler
@ la louve: Voilà! Vous savez ce qui m’a toujours sauvé de la rechute? C’est que je n’ai jamais nié à mon large entourage (même un dépanneur) que je sois alcoolique… aussi, je ne manque jamais d’oreilles pour le dire.
@ renart: Venant de vous, sachant que vous savez les apprécier, je vous sert un shooter!
Merci!