Si je l’étais…


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Classé sous (La vie ensuite, Vos bêtises!, coup de gueule) par Exivrogne le 05-05-2008

deceollete Je vous l’ai pas dit madame. Je vous ai appelé madame, je sais, mais j’avais tous les autres mots en tête, ceux qu’on ne se donne pas le droit de prononcer, ceux qu’on refuse de prendre pour vous qualifier, vous ou une autre. J’ai rien dit. Je vous ai laissé arriver devant moi avec ce décolleté, cette falaise de chaire, ce ruisseau de sueur, et j’ai rien dit de votre été. Muet. Aveugle de plus savoir où mettre les yeux. Sourd parce que vous pigeonnez plus fort que tout ce que vous tentez de dire. Incapable de penser, parce qu’écoeuré de cette façon décadente de se mettre tout sauf soi, devant.

J’ai pas non plus qualifié votre impatience. Votre façon d’entrer votre décapotable dans la vie des vieux qui ont bien eu intérêt à vous faire un chemin quand vous êtes arrivée. Je vous observais. Ces parfums puants que vous portiez. Des odeurs de tôle de char, de siège de cuir, de boutique de costumes pour votre déguisement qui veut tout montrer, sauf l’âme que vous vous cherchez. Muette, mais criarde, aveugle de plus pouvoir regarder en face, sourde parce que le mépris qui vous habite pour le monde vous fait ne plus comprendre une seule parole de leur langage à eux. Incapable de penser, parce qu’écoeurée, de cette façon décadente que j’ai de chercher à être heureux.

Je vous ai dit madame. J’aurais pu dire tout autrement. J’aurais pu vous raconter que vos mamelles allaient pas faire mon été, que pour qu’un coucher de soleil enflamme un ciel, il lui faut accepter de se cacher, que pour que la beauté se manifeste, il lui faut trouver l’ombre d’une autre merveille pour que la comparaison désire. Je ne vous l’ai pas dit, ni n’ai respiré votre parfum. J’avais besoin de rester en vie, de me rappeler que dans le désir que vous cherchez à semer, il suffit d’un instant s’imaginer sous vous, nu ou habillé, crevant sous votre talon qui écrase les gens comme une clope de luxe. Je vous ai dit madame, même quand vous m’avez regardé pour me dire que vous me pensiez beaucoup plus utile. Je me suis contenté de vous dire que si je l’étais, vous auriez su sourire.

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