Sans balles ajoutées
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Classé sous (La vie ensuite) par Exivrogne le 03-06-2008
Je souhaitais vous le présenter monsieur l’ExIvrogne! qu’il m’a dit flanqué de son copain noir comme le papier de ce blogue. Pas accompagné comme on le fait avec la fierté un peu conne d’une voiture neuve qui sent bon le concessionnaire non, flanqué d’un ami noir dont il est fier pour l’audace, pour le courage, pour le désir de liberté. Dans ce temps-là d’ailleurs on est flanqué pour vrai, parce qu’autrement, c’est plutôt l’objet de notre égo qui se trouve flanqué d’un imbécile heureux, on y reviendra, quand vous et moi on aura du temps à perdre.
Il me sert la main son ami noir. Une main polie dans toutes les significations. Une main rose d’un côté, du côté qui caresse la joue des 8 enfants qui sont nés dans le berceau de la peur, une main polie, de toutes les façons, polie par les clôtures et les barbelés, par les poings serrés pour traverser les régimes, polie et prudente comme on l’est devant ce que l’on croit risquer d’être l’autorité. C’est toujours chiant l’autorité, même quand c’est un ami qui vous la présente comme un possible de paix. Je préfère être vu comme un enfant de chienne s’il le faut, surtout si c’est pour me sauver d’être vu comme l’autorité. C’est vous dire.
Il y a encore tous les barbelés dans les souvenirs de son ami noir. Entre lui et moi il en voyait aussi. C’est jamais gentil les gens de son pays qui font mon travail là -bas chez-lui. Alors ici, dans ce pays qui fait des promesses, comment il en serait autrement? Son ami noir à mon ami, il gardait donc ses yeux sur la table, arpentait nerveusement la pièce du regard, sursautait presque à chacune de mes questions. Ces gens-là d’ailleurs, ces gens à qui ont a volé du bonheur dans des régimes tordus, ils vous répondent toujours en sortant des pièces d’identité. Ici on répond par un sourire, eux le font avec des cartes à photo, c’est parce que chez-eux, souvent, une carte pour pas mourir vaut mieux qu’un bonheur.
-Â Je vous demanderais de ranger vos papiers monsieur.
-Â Ah! D’accord.
Je lui ai expliqué que son ami l’a amené me rencontrer parce que j’aime les gens qui ont le courage d’amener les leurs vers un autre bonheur. Que son ami, s’il l’a amené à cette grande table, c’était parce que dans ce qu’il y a de plus vrai en moi, c’est le désir de m’abreuver des courages de ces gens qui brisent leurs chaines. Je lui ai expliqué que cette rencontre était pour moi un cadeau de ce que j’avais besoin chaque jour pour avancer, l’espoir dans des yeux aussi brillants que les lumières qu’on trouve avec espoir dans des grottes où on nous a laissé pour mort.
Alors voilà , je lui ai demandé de bien entendre mes mots et le coeur derrière, dedans…
-Â Oui monsieur l’exivrogne?
-Â Soyez le bienvenu chez-nous monsieur. Je me sens fier d’avoir la chance de vous le dire!
-Â Merci monsieur! qu’il me dit, le sourire partout dans le visage, avec les yeux qui osaient le premier regard sur les miens.
Avant de quitter il m’a serré autrement la main, avec une force différente, celle née du calme et d’une autre confiance. Puis il m’a regardé pour me dire…
-Â Vous savez monsieur l’ExIvrogne, on dort bien ici, le soir et la nuit, il n’y a aucun coups de feu.
Je l’ai remercié de me rappeler tous les silences que je trouve si pesants la nuit, souvent dans mes drôles d’angoisses et d’insomnies, qui si chez-moi sont souvent que fabulations, chez-lui étaient bien réelles, à se demander à quand la prochaine balle qui ralentirait sa course à amener sa famille trouver enfin la paix chez-nous.
Crédit photo: Photo-Libre.fr

ça fait du bien de voir que certains occidentaux comprennent encore qu’on peut recevoir en donnant si peu, si peu…
Je te reconnais là … curieux de l’autre.
Sais pas hein si les balles ils finissent par ne plus les entendre. Un peu comme moi qui n’entends plus les trains qui passent la nuit pas loin dans mon sommeil ??
Moi la nuit, y’aurait beau avoir un train qui me passe dans la face je me réveille pas!
C’est la beauté de notre monde! Bienvenue à ton ami noir
ça doit être un moment très fort d’accueillir et de rassurer quelqu’un qui arrive dans notre pays pour y trouver la paix, le calme et la douceur de vivre. j’espère que l’ami noir de votre ami appréciera longtemps le silence de ses nuits.
@ Jenfi: … et pourtant, donner avec le coeur, c’est donner pas mal!
@ Juliette: Va me falloir me demander si c’est de la curiosité ou un intérêt réel pour ce que les autres peuvent me faire découvrir…
@ Drew: Parce qu’ici on ne se sent pas menacés… alors qu’eux, là -bas, le bruit peut vouloir dire toutes les morts!
@ Diane-Ève: C’est toujours un bien beau moment que d’accueillir ces personnes qui ont mené tout un combat pour leur vie et celles de leurs enfants!
bon bon… il faut que je comprennne quoi là encore dans ces mots ???
Oh, j’en ai des frissons. Ces moments où on fait quelque chose de tellement important pour l’autre… Ces moments où la main qu’on tend est agrippée avec une nouvelle confiance, et où on sent qu’on ouvre une nouvelle possibilité dans l’univers des gens.
Ca remet les choses en perspective. Notre chance…
Effectivement: plusieurs ont leurs yeux et oreilles très près de leurs nombrils…
Lorsqu’on a la chance de côtoyer ceux et celles pour qui, le quotidien, a été un parcours de combattant dans le sens de l’expression la plus basique, ça ne peut faire autrement que de modifier complètement notre vision de la souffrance…
@ Caro: C’est en effet parmi les souvenirs qui restent le plus longtemps gravés dans la mémoire et qui surtout nous donnent une bonne dose d’humilité… toujours utile chez votre orgueilleux d’égocentrique narcissique Exivrogne!
@ Nickie: Quel parcours oui, on a peine à imaginer! Rebienvenue by the way