La capacité de recevoir
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Classé sous (La vie ensuite) par Exivrogne le 09-06-2008
Il faudra bien un jour mettre autant l’accent sur l’art de recevoir que sur l’importance qu’on aime accorder à celui de donner. Peut-être alors serons-nous mieux disposer au bonheur et moins handicapés quand vient le temps de l’accueillir…
C’était en 2001. Une autre thérapie, je ne me souviens plus la combientième… J’avais bien changé deux fois d’intervenant, toujours dans le même silence, docile et studieux pour chacun des ateliers, muet de soif et de peur, presque mort de soif et de trouille qu’elle reste toujours cette envie d’un verre plus que d’une femme.
On a bien essayé de me faire cracher mes secrets, mes non-dits, fouiller dans les blessures pour tenter d’expliquer ce besoin malade de boire plus que tout, plus que la vie, plus qu’un enfant, plus que des rêves et des destins meilleurs. Alors on tentait la douceur, puis plus de violence, jusque cette fois où un génie a eu l’idée de m’envoyer sur l’autel de la drôle de chapelle. Là les autres résidents devaient me dire quel salaud j’étais. Repasser mes défauts, physiques autant que moraux, je croyais bien qu’on allait devoir extensionner mon séjour d’ailleurs, tellement la liste était longue, à mon avis.
La dernière fois que j’avais assisté à cet exercice pour un autre résident du centre de thérapie où on était confinés, il y avait laissé un océan de larmes, dès les premiers mots des autres. Je n’y comprenais rien à rien. Qu’une bande d’ivrognes vienne me dire quel con j’étais n’était rien pour me faire chigner, ils ne pouvaient prendre des mots plus durs que ceux que je m’adressais, et je ne suis jamais arrivé à comprendre comment on pouvait brailler comme une Sissi parce que les autres vous les répètent.
J’avais été quitte pour me faire qualifier de fieffé d’orgueilleux, et j’étais retourné m’asseoir.
Le lendemain de ce jour-là, dans un drôle de matin où l’équipe d’intervention avait des sourires toujours aussi niais mais visiblement plus résolus, on me réinvita à me lever, pour aller au centre de la trentaine de femmes et mecs qui tentaient de trouver une raison à ce cirque de plus de 3000$ le 28 jours. L’intervenant, une grande blonde qui faisait presque ma taille se planta les yeux bleus dans les miens. Il devait y avoir à peine la distance d’hésitation de baiser entre nos deux visages.
Elle me fixa avec la bonté d’une Sainte-Vierge, détaillant chaque partie de mon visage, en silence, un silence lourd, noir, épais. La sueur commença à perler sur mon front, à chaque fois que la bonté repassait sur son visage, mes aisselles faisaient ce qu’ils fallaient de chutes pour traduire mon malaise. Puis elle débuta une tirade qui me sembla durer des heures…
Je te trouve beau… t’es grands, des épaules larges, une voix chaudes, des yeux qui ont un regard profond. Je suis séduite… J’aime chez-toi quand t’es embarassé, (….) regarde-moi quand je te parle s’il-te-plait! poursuivait-elle, défilant des gentillesses qu’elle avait su rendre relativement crédible.
Je suis sorti de cet exercice plus trempé qu’un déménagement par une journée comme hier, aussi chaude puisse t’elle avoir été. Je suis sorti sur les genoux, surtout, pleurant comme un enfant, incapable de recevoir ces gentillesses. J’ai appris ce jour-là que plus que tout autre problème, je ne sais pas recevoir. Mon être se braque devant la gentillesse, l’affection, les mots qui devraient faire plaisir. J’ai appris ce jour-là qu’on a un jour tué en moi, dans des drôles de nuits d’enfant, ce plaisir de se sentir propre et non souillé, capable et digne d’accueillir. Encore aujourd’hui, dans des mots comme ceux-ci que Raymond m’a adressés dans les commentaires de ce billet, je vois à quel point j’ai un violent besoin de ressuciter cette partie de moi qui persiste à avoir tant de mal à tout simplement accueillir, recevoir, et se bercer avec.
On pourrait très bien se laisser sur cette note, ce serait oublier que James a vu 14 jours sans boire… c’est toujours mieux finir sur des miracles.

Je ne sais pas trop ce que c’est de remonter à la surface après s’être noyé dans le liquide qu’est l’alcool… j’imagine qu’il faut des années de reconstruction et de travail sur soi, pour pouvoir s’aimer à nouveau… et pouvoir accepter le regard des autres. Leur opinion aussi.
C’est très courageux de t’être sorti de là… je sais trop combien peu de gens y parviennent… je ne dis pas ça pour les blâmer, les enfoncer. je sais juste, grâce à toi, que ce n’est pas si simple que ça en a l’air… d’arrêter de boire.
Belle description que celle de cette personne qui te flâte…
affectueusement…
Mmmh… Savoir recevoir… Ca sous entend être profondément capable de croire qu’on mérite ce qu’on nous dit… C’est bien beau l’apparence “orgueilleuse”, mais bien souvent, on a l’air fort pour cacher tout le reste.
Une carapace forgée pour se protéger du mal finit par nous rendre plus capable de résister au mal qu’à recevoir le bien.
Ton humilité est incroyable, mais accepter, ne serait-ce qu’un peu, à quel point ta personne est valeureuse, ça serait déjà un petit bout de chemin accompli sur la route de l’apprentissage de la capacité à recevoir…
Bonne route l’ami, tu as une Fêlée qui t’aide à tracer ton chemin. Son amour pour toi n’est-elle pas une première preuve que tu vaux la peine d’être aimé ? Ta muse n’aurait-elle pas passé sa route si elle n’avait pas été convaincue de ta valeur ?
@ James : Chapeau, et tiens bon…
Note à l’ivrogne:: C’est quand même juste du 3D, mais vous êtes quand même nues en haut!
@la Véro - Chère Véro, je ne m’étendrai pas longtemps ici sur l’aspect spirituel du rétablissement mais je persiste à croire qu’une puissance supérieure à la mienne a fait que tout se passe bien!
@sylvain - Bon, il faut dire que c’est elle qui a tout enlevé au bonhomme, moi j’étais là et j’ai tout vu, une nympho des pixels la fêlée!
@Caro D - Chère Caro, mais c’est plein de gentillesses ce commentaires, je vais me remettre en sueurs là
Je laisse la fêlée te confirmer qu’on a rien de bien extraordinaire ici chez moi.
@Caro D - Bon ben s’il insiste… je te confirme que l’Exivrogne est un homme absolument extraordinaire. Droiture, intégrité et professionalisme sonnent froid, alors j’ajoute qu’il est aussi humain, sensible, et un bien tendre amant. Bon et tout plein d’autres choses mais je veux pas qu’il soit en sueur là, tout beau qu’il est dans son costume de mec qui jubile d’impatience d’aller travailler.
Merci chère Fêlée ! Tu ne fais que confirmer ce qui transpire déjà à grosses gouttes des mots de ton amoureux
Bises à vous deux
Il est d une de ses gentillesses monsieur l’ex, Acceuillant , et je dirais la meme chose que Fêlée sauf que j’enleve tendre amant sa je ne suis pas au courant
Cher Alcolo,
J’ai connu deux vies ruinées par l’alcool: le type avait même un implant à l’antabuse (cela fonctionne 6 mois).
Il battait sa femme, demandait pardon… et recommençait (il faut croire que l’antabuse n’est pas aussi efficace qu’on croit). Au bout de trois ans, le type n’a plus renouvelé l’implant… et la dame l’a laissé s’enfoncer dans sa drogue tout seul. Mais elle a gardé trois enfants, dont un autiste, en souvenir…
Je ne peux que la plaindre: qui voudra vivre avec elle et avec ses enfants?
Amitiés
Recevoir, c’est se rendre vulnérable, c’est ouvrir les mains, les bras, le coeur et le reste pour prendre ce qui nous est donné gracieusement, alors que, quand on donne, jusqu’à un certain point, on garde le contrôle de ce que l’on offre (pas toujours, mais ça, c’est un autre sujet). Je me suis reconnue un brin dans vos propos.
p.s. Bravo James et bien de la force pour poursuivre!
Souvent parce que quand on donne, on est redevable de rien, sinon de soi-même. Recevoir est l’inverse. On est redevable d’une certaine prestance, d’un sourire qui ne viendrait peut-être pas, et c’est des coups tellement durs à prendre, quand ça fait pas mal pour vrai. Y’a trop de pourquoi qui ont pas de réponse quand on a la gorge sèche, me semble.
Moi, je vous trouve l’âme pas mal belle, entéka. Vous savez, vous avez le don de ces détails qui ont l’air insignifiants mais qui rendent la vie vivable ! Et pis faudra pas sous estimer la Fêlée de vouloir marier un pas bon. Y doit y avoir du très, très, très tendrement bon dans votre coffre.
Cet article est très intéressant (comme tous les autres, d’ailleurs) et j’espère que vous voudriez bien recevoir le compliment!
Je suis à Londres et mon blogue est en anglais, bien sûr, mais je voudrais y mettre un lien au vôtre si vous permettez. Sinon, vous me le ferez savoir. (Mon courriel est en haut à droite sur mon blogue.)
Salut,
SilverTiger
Merci du clin d’oeil cher ami.
“one day at a time”, qu’il disait… “one day at a time”.
D’abord James… le meilleur est à venir. Pas nécessairement facile mais meilleur assurément.
Capacité de recevoir ???
Tu me fais réaliser que j’en suis encore incapable…
oucht!!!
J’aurais du mal à tous vous répondre individuellement, pour le temps oui, mais surtout parce que la profondeur et la pertinence des pistes de solutions que vous abordez méritent un billet bien plus qu’un commentaire. Je vous remercie cependant d’éclairer un peu ma route, un prochain billet saura certainement dire si j’ai un peu mieux compris! Savez que je vous aime vous autres?
je penses un peu comme hortensia disons.
Un jour je regardais un combat de boxe a la tv, j’avais jamais vu des gars se tapper sur la gueule comme sa, moi et mon cousin la gueule a terre! J,me demandais comment des gars était capable d’encaisser autant de coup de la sorte, moi qui tomberais apres 2-3 a mon avis a moin que j’ai un talent caché…
Le fait est que tu ne peux pas developpé une personne a recevoir des jabs, crochet ou peu importe et ni lui apprendre. J,peux apprendre par contre a donner des jabs des uppercut… et devenir tres bon en la matiere mais j’ai le défaut de ne pas bien recevoir ou encaissé les coups. Cela ne fais pas de moi un mauvais boxeur pour autant car je suis un excellent cogneur. Je serais juste moin bon dans une matiere et connaitrait une bonne carriere si je peux pallier a ce manque en developpant ma défensive!
La vie est un combat, ce n’est pas parce que l’on ne sais pas comment recevoir ou peu importe le qualificatif, que sa fais de nous une personne inférieur aux autres. On n’a le droit d’être mal a l’aise de recevoir, comme on n’a le droit d’aimer donner sans rien exiger en retour! Recevoir a mon avis est p-e une qualité voila tout.
Je me dis aussi que des fois on fini par ce rendre contre p-e que dans la vie on n’a rencontré des gens hypocrites et qu’on se méfie toujours…Mais sa cé une autre théorie!
@bringbrangbrong - Cher Bring… merci de ce commentaire, merci de l’intelligence derrière et partout dedans, de l’image, parce qu’il en faut avec un exivrogne des images, sans quoi les neurones qui vont pas aussi vite que le coeur saisissent jamais aussi bien que maintenant… on s’attache aux petites bêtes dans votre genre vous savez? Merci de passer chez-nous et d’y contribuer…
Je voulais laisser une trace pour te féliciter pour ce texte magnifique.
@Raymond Viger - Merci beaucoup Raymond, vous laissez vos traces ici quand vous voulez, même pas besoin de vous déchausser! J’ai passé la moitié de ma vie à entrer dans celles des autres avec mes gros souliers
Je sais pas comment expliquer mais je sais que quand j’écris sérieusement c’est a cause que je le sens en moi que cette personne merite mes paroles! Je sais sa fais hyper prétentieux mais dans le plus profond de la bête que je suis, je le crois sincerement mais dans l’être paradoxale que je puisse être il y aura toujours cette peur de l’erreur ou je ne sais quoi.
Une huitre n’es pas une bete, a l’intérieur si trouve un perle comme je peux la montré des fois, mais qui dès semble vouloir s’ouvrir plus, se ferme pour cause de je ne sais quoi en parti hahahahahahah
Cette peur de m’égaré.
Jme suis égaré dans ma folie j’aurais simplement du dire Bienvenue!
@bringbrangbrong -