Pour comprendre un peu mon raisonnement, il faut d’abord savoir ceci:
Je crois fermement que chaque petit geste que nous posons donne à notre véhicule de vie, notre personne, une direction ou une autre. Selon notre réaction à chaque événement, nous choisissons de prendre, à une intersection, un côté ou un autre. C’est là ce qui nous mène exactement où nous nous trouvons.
Cette façon de voir la vie, elle exclue donc tout ce que l’on peut nommer destin. Elle rejette donc tout chemin tracé à l’avance par un Dieu un peu sordide qui déplacerait ses pions sur un jeu de joie et de souffrances, au gré des peines et des bonheurs que son échiquier nous réserve. Cette façon de voir la vie, elle est en conflit avec toutes les hypothèses un peu fumeuses que cette existence serait contrôlée, des malheurs aux bonheurs, au gré des caprices divins nous baladant tantôt sur une case noire, tantôt sur une blanche.
Je ne vous raconterai pas cette fable de l’homme qui perdait ses chevaux et qui refusait de s’en émouvoir. Bien qu’elle décrive parfaitement là où je veux en venir, vous avez parfois la fâcheuse habitude de zapper les vieux écrits. Je me contenterai donc de vous dire que souvent, lorsque vous qualifiez les épreuves de ma vie en me soufflant à l’oreille que je l’ai eue bien difficile et merdeuse à votre goût, de mon côté, j’en suis venu à trouver chacune de ces tristesses d’existence nécessaires.
Les coups que la vie m’apporte aujourd’hui, j’aime à les considérer comme un autre carrefour. Un moment où il me faut choisir la droite, la gauche, avancer ou reculer. Dans des moments particulièrement souffrants, j’aime à me dire qu’ils étaient nécessaires, que je suis dans un moment d’une équation où bientôt, dans quelques temps, un bonheur bien grand viendra, un bref moment de plénitude extraordinaire et il aura fallut tout celà, chacun des chiffres de l’équation, chacun des moments plus ou moins faciles pour que j’arrive exactement à ce coin de pays majestueux de cette route de vie.
C’est ainsi que quand dans ma vie, il m’arrive de me trouver à cet endroit de mon existence où tout me semble être aligné dans le coeur et les sourires intérieurs, je remercie alors pour les épreuves. Je remercie pour des abus, des violences, la mort d’un fils, des années d’alcoolisme, des douleurs vives, pour tous les carrefours donc, achalandés de peines, mais qui m’auront fait choisir cette route au lieu de cette autre, pour pouvoir aujourd’hui être avec elle et non seul, dans de bien beaux moments de vie, souvent.
C’est à celà que je pense quand je vois les luttes de CaroD ou encore la femme extraordinaire que la Véro est devenue, autant d’exemples que je pourrais tirer partout dans mes lectures de la blogosphère. Si nous prenions le temps de regarder à notre aujourd’hui en nous demandant simplement si nous sommes prêts à accepter que toutes ces souffrances étaient nécessaires pour nous donner ceci, alors que, surtout, nous ne savons pas à quoi nous avons échappé, comme malheur potentiel, dans des destins que nous nous prenons à nous obstiner de nous espérer. Si tout ce qui nous attriste aujourd’hui était le tissage d’un bonheur qui s’en vient…