Il pleure souvent…
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Classé sous (La vie ensuite) par Exivrogne le 12-08-2008
Fils il a les larmes qui brûlent. Alors il préfère pas les sortir. C’est pour protéger ses pomettes je crois. C’est pour pas brûler des joues sur lesquelles on lui a toujours suggéré de tendre l’une puis l’autre, quitte pour deux baffes. Le fils il est sensible. Il pouvait mal faire autrement. Je pleure pour un violon, un piano ou des saveurs trop pleines, pour des femmes aussi je l’ai fait, par orgueil souvent, pas comme pour les chansons.
Fils il pleure souvent. C’est pas comme les enfants qui gueulent et qui se tordent sur un plancher de marché, c’est pas non plus comme la plainte qui permet d’évaluer la douleur ressentie, non, fils quand il pleure, ça libère rien, c’est un cri intérieur, une douleur par secousses contenues par un drôle d’honneur, une fierté à chier et un dos droit devant le malheur, on est jamais si près d’un autre coup, on tombe jamais si fier que quand on était droit.
Quand je dois reprendre le fils, les yeux se brouillent avant le complément d’objet direct au coeur. La respiration devient saccadée, le coeur serré se montre la bataille sous le t-shirt, les lèvres se serrent, les mordre s’il le faut, puis le regard droit dans vos yeux, la tête bien droite, la fierté triste de l’accusé, la honte qui se mèle à la sueur, faut savoir ce qu’on puera, puis tant qu’à pas avoir été à la hauteur de son père, aussi bien attendre ça passera. Il était temps que je lui démonte tout ce beau tas de conneries.
* * *
On a eu une longue discussion le fils et moi ce soir. C’est qu’il a peur du noir, il me semble vous l’avoir dit. Vous avoir dit aussi que les émotions elles venaient des idées qu’on se fait des trucs, des pensées qu’on génère. Des idées aussi connes que “Si mon père me reprend, c’est que je suis une mauvaise personne…”, “ma valeur personnelle vient de descendre aux yeux de mon père…”, “en ce moment, visiblement, il m’aime moins…” et toutes les autres stupidités que l’on entretient, de l’âge enfant ou trainé jusqu’à l’âge adulte, et qui nous font dire des conneries du genre “si tu me quittes, je vais mourir!”
Élevé que j’ai été à coup de “fais pas de peine à ton frère… tu vas faire mourir ta mère… sois donc le plus fin des deux… on peut pas passer une journée sans que tu nous la gâche…” on a la recette parfaite pour entretenir des idées assez riches à générer des émotions plus ou moins agréables. J’ai donc fait le tour avec le fils, tant qu’à revoir la logique de la peur du noir, et en ai profité pour lui dire comme la maturité émotive tenait dans les idées un peu farfelue qu’on entretient.
Lui rappeler qu’il se peut qu’un jour il constate que je suis animé de pas mal de comportements imbéciles, qu’il serait donc utile qu’il ne base pas sa vie sur me plaire, lui rappeler aussi que sa peur du noir est normale et désagréable, et qu’il serait donc utile de revisiter la pensée qui se cache dessous, lui rappeler que si un jour il décide de ne plus venir me voir, ce sera bien de ma faute si j’ai de la peine à m’en tordre les boyaux, non la sienne, certainement parce que je me fais l’idée que sa décision serait irréversible, basée sur ma valeur en tant qu’être humain, et autres conneries qu’on peut entretenir dans nos drôles de têtes d’adultes.
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J’ai surtout demandé au fils de plus jamais accepter les fardeaux du genre “je crois en toi, je sais que tu y arriveras…” et autres pollutions qui génèrent plus de honte que de confiance quand les choses tournent au vinaigre. Il faut croire en ceux qui combattent, certes, mais jamais dire croire en absolu à leur victoire. Je lui ai aussi recommandé de plus jamais cacher ces peurs, même si ceux qu’il aime lui disent des absurdités comme “j’ai confiance en toi… tu la surmontras”, phrases souvent dites par des adultes qui ont peur de l’amour, du bonheur gratuit, ou des enfants, sinon qui ont le cerveau lavé Dr Nadiouche plus blanc que parent.
Je vous laisse, le fils dort à poings fermés. Sinon je l’aurais bercé sur cette chanson juste pour lui et tous les fils du monde qui sont aimés.

