Au nom de tous les miens
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Classé sous (mariage) par Exivrogne le 03-09-2008
Quand j’ai mis les pieds à Québec dans cette deuxième moitié de vie que je me suis offerte, c’est le peuple huron qui m’y a accueilli. Mes premières amitiés, mes premiers liens significatifs, c’est au sein de ce peuple qu’ils se sont tissés. J’ai eu la chance de voir les astres s’aligner suffisamment pour m’approcher de très près de cette nation qui s’est révélée à moi dans ce qu’elle a de plus authentique, de plus courageux, de plus fier, aussi.
En plus du coup de chance, l’écoute aura été la deuxième condition nécessaire à entretenir avec eux une relation aussi entière que celle que nous partageons actuellement. Le peuple blanc a tout avantage à se rappeler son histoire au contact de ces gens, et s’il l’ignore, alors il lui sera utile d’écouter, d’entendre, de ressentir la douleur vive et encore bien présente, sise entre la mémoire des colères et le devoir de se rappeler. Aucun autre pardon, même celui d’un chef religieux, n’égale en exigences et en humilité celui auquel consentent chaque jour les premières nations.
Pour ce peuple, entre en amitié avec un blanc demande de donner ce précieux sentiment malgré une confiance qui est encore entièrement à rétablir. Alors que le peuple blanc résiste à l’engagement*, signe et contre-signe des ententes avec son propre peuple, ces derniers vont de l’avant sur la foi des mots, offre une loyauté sur la base d’une confiance mainte fois ébranlée, choisisse pour leur vaste majorité la patience et l’unité plutôt que l’affrontement et le gain fragile.
Alors que notre toute nouvellement reconnue nation laisse derrière elle son héritage religieux, celui-là même avec lequel elle aura tenté de soumettre et assimiler toute une génération d’enfants, ce peuple s’approprie à nouveau son histoire, renoue avec sa culture, recherche son langage et présente à la face du monde ses racines vives et sereines. Quiconque peut avoir la chance d’entendre ce peuple ne peut que conclure qu’il a maintenant les certitudes à la mesure de nos propres doutes.
Voir ce peuple et son chef accepter, malgré nos hiers de colonisateurs, de nous offrir une cérémonie issue de leur peuple, sans souligner toute l’ironie que pourrait contenir cette vengeance de l’histoire sur l’histoire, est la preuve de toute l’humilité qui peut les animer. De voir avec quelle amitié, quelle chaleur et quel respect leur chef peut orchestrer le moment est certainement la plus belle leçon de fierté que procure le pardon, aussi fragile soit-il.
Là on se le dit entre nous. C’est entre blancs qu’ils diraient… mais il me faudra lui dire à lui, et pas du bout des lèvres, comme un chuchotement qui a rien d’un peuple qui se souvient.
* Simplement constater combien nous hésitons à unir notre vie à une autre personne, à mettre en commun nos ressources, à tout juste faire confiance sans papier…
