Quand maman veut rien comprendre…

Filed Under (La vie ensuite) by Exivrogne on 23-07-2008

Ma mère fait Al-Anon. C’est un mouvement pour l’entourage de l’alcoolique. C’est une thérapie pour endurer votre ivrogne. Ma maman elle a plein de responsabilités dans Al-Anon. C’est une super Al-Anon. Dans ce mouvement, on apprend entre les autres choses, l’importance de l’anonymat dans le mouvement, dans les principes du mouvement.  Hier ma maman elle a eu une excellente idée.  Elle est allée avec de la famille visiter la maison de thérapie où j’ai fait la mienne.

Ma maman n’a rien compris du mouvement.  Moi je n’ai rien compris sur “comment canaliser la colère positivement.”


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Une belle ligue nationale!

Filed Under (Ex-Ivrogneries, La vie ensuite) by Exivrogne on 20-03-2008

mere Je vous ai jamais vraiment parlé du rapport qui existe entre ma mère et moi. C’était pas d’un grand intérêt j’en conviens. D’ailleurs que vous lisiez sur la mère de Renaud ou que je vous parle de la mienne, c’est toujours un peu pareil, les mères qui enfantent le cul et le coeur dans une pauvreté, ça a des malheurs qui ont souvent la même couleur, c’est que la forme qui change.

Il lui est pas mal tombé le ciel sur la tête à cette pauvre femme. D’abord faire 3 enfants, que des mecs, le premier qui avait un bec de lièvre qui lui fendait la face jusque qu’au milieu du nez, le deuxième un coeur trop petit, un fragile pour une vie, qui l’a d’ailleurs terminé à la pointe d’un couteau, si petit le coeur, il l’a cherché 6 fois avant de le trouver pour de bon et en mourir à 17 ans. C’est la marée rouge dont vous parle parfois votre humble serviteur dans sa haine de novembre. Le dernier, le seul qui avait pas la face fendue ni la manie tordue de se faire hara-kiri, il s’est saoulé jusqu’à ce qu’une envie lui prenne de mourir d’autre chose que la bouteille.

Équipée comme ça, une mère ça fait pas les séries. On s’entend que sur la glace comme sur papier, disons qu’on s’imagine pas faire défiler sa coupe de super-mom dans les rues de son demi sous-sol de 3 et demi.  Elle avait un seul trio, un dont le cerveau prenait l’air par devant, l’autre qui cherchait juste à se zigouiller du patin, puis le troisième saoul juste ce qu’il faut pour scorer dans son propre but et s’écraser ensuite sur la glace, ça patine tellement mieux à quatre pattes.

Devant donc toute cette belle brochette d’espoirs nationaux que ma digne mère offrait à la nation pour relève, on s’entend qu’elle a pas trop misé sur son premier trio.

Puis ça vous occupe pas mal une mère ce genre de stratégies à faire avec si peu. Surtout que le mec qu’elle s’était déniché, il a eu beau lui aussi ajouter deux joueurs à l’équipe, le vestiaire était aussi grand qu’un placard.  Deux coachs pour cinq qui patinent sur la bottine, ça ne fait que plus de gens pour constater qu’on a rien pour que ça sente la coupe là. Alors voilà, c’était pas mal ça la donne qu’avait ma mère pour jouer la vie.

* * *

Ma mère c’est une opératrice. Elle procède. Elle a bien vu que personne de toute façon comprenait son plan de match. Puis quand vous boostez votre équipe au baloney et au grilled cheese, vous constatez que vous avez quelques chances de moins que les soviétiques.  Ajoutez le petit dernier qui passe son temps à lire dans le placard, une écouteur dans l’oreille pour Radio-Canada, quand je vous dis que la vie est une salope! Elle vous dirait la même chose.

Elle vous dirait parce qu’à ce moment donné, quelque part vers mes 6 ans, elle a changé la stratégie. Elle a regardé ses champions et elle s’est dit: “On va les équiper pour la victoire. On va les inscrire dans le tournoi des derniers. Comme ça, avec un peu de chance, on en aura bien un qui va finir sur le podium des tout-croches!”  Quand je vous dis qu’elle opérait maman! Avouez que ça décoiffe!

Alors elle nous a entraîné! “La vie est une salope! Quand t’es né pour un ti-pain, tu frayes pas dans les grandes boulangeries, les riches sont des crosseurs, des voleurs! On est pauvre mais on est honnête! Celui qui le dit celui qui l’est! Sois le plus fin des deux, laisses-le parler!” Enfin, toutes les phrases qu’on donne généreusement à un champion national de mon calibre.  À six ans, cet âge où on comprend si bien et assimilons si vite, ça vous place dans les ligues majeures de garage!

Alors quand elle a réalisé que la recette était entrée, elle est allée la chanter à ceux qui avaient les oreilles un peu plus sales et le cerveau qui prenait l’air par le devant, comme une grille de Lada.  Avec eux, c’était un peu plus d’énergie, dans mon cas, j’étais déjà dans un monde de papier, celui  des livres et des espoirs d’ailleurs, c’est jamais bien dangereux un enfant qui rêve dans un placard. Le temps est passé, tout le monde est devenu grand, sauf celui qui s’est buté lui-même, elle a jamais vu qu’il s’en allait scorer dans son but et faire une grande ligne rouge que plus aucun de nous ne voulait passer, ni même regarder.

* * *

Je suis allé passer un bout de temps avec ma mère ce week-end. Elle voulait me jaser. Elle fait partie d’un programme qui aide les familles, les mamans des ivrognes. Un programme qui tente d’accueillir leurs blessures, de les amener à voir quel rôle ils ont joué dans leur propre vie, puis dans la nôtre.  Ils ont une drôle d’étape dans ce programme, une qui leur demande d’admettre les torts qu’elles croient avoir.  Elle me les a balancé pendant une bonne heure, en pleurant et tout, comme quand elle a su que papa aimait bien squatter nos caleçons et ce qu’il y a dedans.

Je vous ferai pas l’heure, ça se résumait à ceci: “J’ai jamais cru en toi, je t’ai jamais une seule fois encouragé, j’ai jamais voulu imaginer que tu réussirais, je t’ai toujours laissé tout seul, j’ai jamais intervenu une seule fois dans ta vie, je voulais pas m’associer à une possible défaite, maintenant que tu réussis, j’ai honte de même pas mériter de te féliciter.”

Elle a ramassé cette maquette de livre où mon nom se trouve en couverture, elle est allée le mettre avec toutes les autres découpures de journaux qu’elle collectionne un peu maladroitement depuis qu’elle s’en veut. Elle m’a demandé si je voulais un café pour la route. Je lui ai pas dit “je t’aime!”, je l’ai pas consolé non plus, on a un fossé à combler, lentement, comme celui qu’on a envoyé jouer dans une équipe pas mal loin et qui a pas envie de reparler de l’échange. Comme celui que je suis encore, qui cherche des photos de lui, enfant, pour refaire un peu son passé en images, et qui ne trouve que des photos de ses frères. On gaspille pas de papier glacé sur le joueur qui a rien d’un espoir national.

J’ai resserré ma cravate, suis parti pour un truc, quand je suis revenu le soir pour les voir, tout était redevenu enfin normal et doux comme ma vraie maison. Mon père me disait que je gagnais trop bien ma vie, à comparer à lui qui travaillait pour vrai, que je comprenais rien de toutes façons, que tout ça était pas juste. “Home sweet home!” que je me suis dit, en repartant le coeur tranquille et habitué.