Quand maman veut rien comprendre…

Filed Under (La vie ensuite) by Exivrogne on 23-07-2008

Ma mère fait Al-Anon. C’est un mouvement pour l’entourage de l’alcoolique. C’est une thérapie pour endurer votre ivrogne. Ma maman elle a plein de responsabilités dans Al-Anon. C’est une super Al-Anon. Dans ce mouvement, on apprend entre les autres choses, l’importance de l’anonymat dans le mouvement, dans les principes du mouvement.  Hier ma maman elle a eu une excellente idée.  Elle est allée avec de la famille visiter la maison de thérapie où j’ai fait la mienne.

Ma maman n’a rien compris du mouvement.  Moi je n’ai rien compris sur “comment canaliser la colère positivement.”


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Veiller très tard

Filed Under (Ex-Ivrogneries) by Exivrogne on 21-07-2008

Malgré les années de sobriété, il est toujours demeuré le souvenir des douleurs. La nuit de l’alcoolique est difficile à décrire. Elle s’écoute, elle se sent, elle ressemble beaucoup à cette chanson là.  Je vous raconte pas les nuits de voiture, seul avec la mort, le volume fort à vous faire battre le coeur sans quoi il oublierait de le faire. Les visages qui passent, des visages tristes. On peut pas ranger ces souvenirs là, incomplets heureusement dûs au trop bu, mais des flashes suffisants quand même pour savoir qu’on a pas aimé autant qu’on aurait pu.

 

 
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Mourir une fois de trop

Filed Under (Ex-Ivrogneries, La vie ensuite, coup de gueule) by Exivrogne on 19-07-2008

dying

Dans une seule pause que ton ivresse aurait prise, j’aurais pu te parler. Une toute petite pause, toi seul aurait pu choisir de la donner. Te parler de ce réveil il y a quelques minutes, après une sieste pour calmer ce dos qui veut me lâcher, te dire le goût de la vie que contenaient les deux fraises qui m’ont filé un sourire. Te dire un enfant, pas plus grand que neuf mois, des yeux pour avaler la vie et la danser en me sautillant sur le ventre, mes doigts dans ses poings. Te dire le fils qui est venu se raconter, rien de neuf, sa mère a pas changé, tu le sais, mais te dire le fils, c’est déjà beaucoup non? Te dire le vent, quand tu fermes les yeux, quand des caresses comme des maîtresses, les vraies, celles-là même une choisie qu’on peut mener jusqu’à nos septembres. Te dire des morceaux de vraies vies, dans une pause de ta putain d’ivresse, te dire des morceaux plus grands que ceux que tu te fais ramasser, ivre mort, meurt pas ivre, pauvre con. Con qui un jour va finir par mourir une fois de trop. Con et ami parce que je t’aime.

il dit que…

Filed Under (La vie ensuite) by Exivrogne on 03-07-2008

free

Il dit qu’il se sent mieux. Il dit qu’il a pas eu soif aujourd’hui. Il dit qu’il va mieux. Je crois pas aux vocations. J’ai toujours eu l’impression qu’un curé chaste, s’il s’en trouve, va contre nature. J’ai la même impression de ce que je suis en tant qu’alcolo qui refuse de boire. C’est contre nature de ne plus avoir soif en cessant de boire. Peu de gens sont graciés, le terme élu serait à contre-indiquer pour l’égo alcoolique. Peu de gens donc ont le privilège d’être appelé à cesser de boire et d’avoir une journée à aimer la vie sans prendre une goutte. 

Cette journée-là devient un anniversaire important pour la personne. C’est la démonstration que la chose est possible. Que le bonheur est possible. C’est le plus grand miracle qui soit. L’autre miracle, c’est le mien, la chance d’avoir pu assister, en direct presque, à une formidable transformation. Deux grands prisonniers ont connu la liberté aujourd’hui, j’en ai connu un plus personnellement, et j’en reste ému et éternellement reconnaissant envers la vie de me permettre d’en être témoin.

C’est ce genre d’exemple qui me tient loin du premier verre.

Des larmes pour défense

Filed Under (Ex-Ivrogneries, La vie ensuite) by Exivrogne on 02-07-2008

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Des larmes comparables à celles que l’on verse quand on se refuse de toucher à nouveau à un amour qui brûle, qui détruit, qui anéantie.

J’ai un ami qui a soif. Pas n’importe laquelle des soifs. Une soif rude, intérieure, prenante, paralysante, insidieuse. Quand on cesse de boire, surtout les premiers jours, il est normal que cette dernière se pointe le nez, surtout quand toute votre vie, du plus loin que votre mémoire puisse vous ramener, vous buviez.

Je vous en parle parce que j’ai envie de le féliciter. Parce que vous ne savez pas la soif, pour la majorité d’entre-vous chers lecteurs. Vous ne savez pas les larmes de colère, tournée contre soi et l’amour fou de cette substance, les larmes qui demeurent à ce moment la seule arme libératrice de l’emprise de la soif.

Des larmes d’une grande signification aussi, pas seulement de la souffrance, mais de la détermination que possède quelqu’un à ne pas consommer, aujourd’hui, maintenant. Des larmes qui signifient le pacte presque contre-nature qu’un ivrogne fixe avec lui-même de ne pas aller vers son mouvement le plus naturel. Des larmes qui signifient que cette séduction douloureuse de la bouteille, bien l’ivrogne refuse de s’y rendre. Des larmes comparables à celles que l’on verse quand on se refuse de toucher à nouveau à un amour qui brûle, qui détruit, qui anéantie.

Je connais ces larmes. Des larmes de résistance, des larmes pour dire que tout ce que l’on a en soi, enfin presque tout, nous pousse vers la souffrance de refuser encore de toucher ce premier verre. Des larmes qu’on dirige à qui veut bien les prendre parce qu’autrement, on va brûler de l’intérieur, mourir debout, crever sur les genoux, ensuite. Des larmes que je vous demande de prendre pour mon pote, vous avez pas idée de son combat d’hier, vous avez même pas idée de sa réussite aujourd’hui, parce que c’est de ça qu’il est surtout question dans ce billet, de ce grand miracle qu’est mon ami lointain, sobre une journée de plus.