Compte conjoint, l’alcolo et le village gaulois
Filed Under (La vie ensuite) by Exivrogne on 29-02-2008
Elle a tout mes mots de passe. BanqueNet, AccèsD, Hotmail, Wordpress, Hydro-Québec en ligne, Vidéotron, enfin, faites le tour large. J’ai à peu de choses près le même accès à ses trucs, ce serait presque vrai si j’avais de la mémoire, la mienne a mis un an à retenir AccèsD, j’ai abandonné pour le reste. C’est donc pas des portes qu’elle a fermées, c’est ma mémoire, souvent mon indifférence, qui les ouvre pas.
Je suis probablement, et elle aussi, le dernier de ma race à avoir le compte commun, conjoint. Je transferts mon avoir systématiquement dans le compte conjoint, c’est une manie, c’est plus simple comme ça, c’est pour des raisons de facilité ici le compte conjoint. Même chose pour elle, tout est là, sans trop de distinction, même que notre mode de gestion budgétaire suit parfaitement ce courant qu’on est pas mal les seuls qui restent à remonter.
Tout passe là, on ne regarde jamais de qui viennent les montants. On ne calcule jamais la part de l’un et l’autre. Ça a jamais été une question entre nous. C’est la même chose pour les dépenses, même si nos enfants ont pas les mêmes parents, pas de calculs de la part des destinations de dépenses sur cette question, tout est dans le même tas. On pige.
Allez pas me demander si je dépense autant pour mon fils que pour sa fille, j’en sais rien. Quicken, ce qu’on utilise pour suivre l’unique compte d’entrée et de sortie me le dirait pas non plus, on a pas identifié les dépenses à un individu, elles le sont par nom de dépense. Quand on voit vêtement, c’est pas dit si c’est la puce ou fils. J’en sais rien. Je sais vêtements.
C’était clair entre-nous au départ, on s’en était parlé, c’était à peu près en ces mots:
Il serait bien que ce soit plus long et difficile de te donner mon cul que mon argent.
Tout était réglé. Les mots “mon” pour précéder “argent” ne sont plus jamais revenus entre nous. On a fait pareil pour les mots “ma” et “dépense”. Au même moment, même si on oublie parfois, on a fait pareil avec les mots “ta” et “fille”. On n’a pas toujours autant de succès sur cette question. C’est une autre histoire. Brûlez pas trop vite mes sujets de billet.
Je sais que si l’un de nous part, tout est compliqué pour l’autre! vous me direz. Ce l’est toujours. La loi fait les comptes conjoints, même si on se fend en quatre pour les séparer du vivant du couple. Je vois des histoires d’horreur à la journée longue sur les blogues, quand c’est pas en commun avant, c’est après sous le marteau de la toge de devant.
Je vois des couples aussi, où chacun part en vacances de son côté une fois l’an. Les deux reviennent compter leur petit change respectif, il arrive ensuite qu’ils doivent sauter le voyage de couple. L’un des deux a pas les moyens. Négociations entre conjoints comme avec le gérant de banque. Je peux te passer un 1000$. Tu me le remettrais quand? Ah! J’y arriverai pas, j’ai la rentrée de ma fille en septembre. Pars seul, on se reprendra.
J’ai du respect pour l’amour de d’autres personnes. Ils vivent leur quotidien comme s’ils étaient déjà séparés. Le coeur est un compte conjoint, le reste c’est deux autos, chacune au nom de l’un, chacun sa part pour chaque dépense, chacun son bout de facture dans sa poche au cas où le juge. Je me suis toujours demandé, quand un truc con comme un ACV m’arrivera, quand elle devra changer ma couche de 6′1″ de merde, comment on calculera à ce moment. Je me soulage de constater qu’on a jamais compté. J’aime à penser qu’on a le même genre d’entente pour les efforts, les sacrifices, l’investissement de soi que notre couple pourrait demander.
J’ai connu un couple déjà. Elle est partie. Il l’a pas retenu, la moitié de son corps bougeait plus. Il en bavait déjà, il savait plus avaler comme du monde. Puis ça roule mal en fauteuil dans un escalier. J’avoue ça a été plus simple, il a pas eu à se faire chier pour le compte en banque. Il est mort quelques mois après. Dans sa tombe, je me souviens, on a même pas pensé mettre le N.I.P. de son compte à lui.
Je vais vous confier un truc. Après avoir vu cet épisode, j’ai compris une chose. Je pourrai presque toujours me refaire mon salaire de la semaine. Me mettre à le déposer ailleurs. Mais si de toute ma vie, j’ai fait croire à la fêlée qu’elle devait piger dans le compte en regard de ce qu’elle représente au prorata, j’ai toujours eu peur qu’elle garde la même habitude pour ses efforts en moi, si la vie venait qu’à me mettre au plancher. Et ça, je vous le jure, me mettre au plancher, la vie le fera. Notez ma promesse sur un papier, elle vous le dira quand ce sera arrivé.
* * *
Cette semaine, je vous file la citation du mois de mon lecteur d’outre-atlantique, juste pour rire un peu, parce que ça termine bien ce billet, il s’exprimait au sujet de Amy Winehouse et le peu d’intérêt que son pays lui réserve:
J’ai la pudeur de croire que ce qu’on recherche chez un artiste [nous les français] c’est son côté artistique et non pas le reste…C’est pour ça qu’on laisse Carla à Mr “Casse-toi, pauvre con”: c’est tout sauf une chanteuse, voilà, c’est dit…
Je vais aller écouter un peu en boucle Alizee, Anguun, Vanessa Paradis et Fabian. À ce soir!
