C’est que des post-it!

Filed Under (La vie ensuite) by Exivrogne on 29-01-2008

J’en jasais avec Délire hier! Elle se demandait ce qu’étaient nos “Post-it” pour la fêlée.  Me suis dit qu’il fallait peut-être que je vous raconte.  Surtout parce que ces temps-ci, j’ai l’impression de souvent pas faire ce qui intéresse et souvent faire ce qui intéresse pas. Alors c’est sûrement le temps de ramer contre ma pensée!  M’enfin, ça c’est une autre histoire.

Chaque matin depuis que j’avais mis les pieds et le coeur dans leur vie, je laissais des post-it partout. La puce et la fêlée en avait, spécialement la puce quand je devais quitter la capitale pour la métropole.  On était pas encore abonnés à une vie dans un seul foyer et j’avais à faire le voyage assez souvent, une “ride” que se tappait aussi la fêlée sans compter les tours.

Quand j’ai traîné mon baluchon pour m’installer en permanence chez ces deux femmes de ma vie, c’est un truc qui s’est fait un peu les yeux fermés. La fêlée travaillait comme une cinglée, relevait le défi “travail-famille” et mettait parfois le mot concilliation devant.  J’avais pas de boulot et je calmais mes angoisses et ma testostérone qui passaient dans le broyeur de l’orgueuil en faisant le ménage comme un TOC le ferait.

Ma journée commençait dès que la fêlée passait la porte. Je faisais le lit, empiffrais la laveuse de quelques brassées, branchait le lave-vaisselle, sortait le linge de la sécheuse, époussetait, attaquait le ménage de front quoi. Puis c’était le souper, la vaisselle, je voulais pas que la fêlée lève un seul doigt. Je ramassais la fierté là où elle traîne, surtout quand on cherche un emploi dans une ville où on est personne.

* * *

Quand j’ai connu la fêlée, on avait 16 ans. Elle m’a invité pour un café, c’était au téléphone, j’avais une jambe emmitoufflée dans un pansement de la cheville à la cuisse, j’aimais la bière plus que l’allongé, je l’ai retourné bredouille.  Exit pour le destin, pour au moins 18 ans.  Le reste est une plus longue histoire, plus belle que les contes et les fées, c’est l’intermède de 18 ans entre les deux qui prend des airs d’enfer, promis que je vous raconterai, un jour.

Alors 18 ans plus tard donc, on se retrouve dans la froideur des pixels, elle ici et moi là-bas, on se raconte comment on a fait pour aussi bien gâcher la vie, chacun de notre côté, depuis ce café où j’aurais donc dû dire oui.  Le clavardage nous montre qu’est-ce que l’autre écoute pendant que devenus grands je lui fais la cour à mon tour. Les chansons passent, l’autre les découvre et se découvre, les gestes ensuite se feront toujours en musique.

Elle sur Mae, moi sur Cohen, nos sueurs sur sa poésie et notre fougue des amants de weekend sur les Cranberries.  Les chansons passent, les sentiments restent, ça fait des tatouages d’amour partout, pas que sur le coeur, on a la peau cover de rêves tatoués.  On tire sur le destin, on annule 18 ans d’erreur, le baluchon sur l’épaule on mélange les vies. Les enfants devront faire avec, sont déjà chanceux que j’ai dit non il y a 18 ans, sinon ils seraient même pas là pour qu’on puisse dire “famille” recomposée.

Cap pas Cap? qu’on se demandait souvent, sur des trucs un peu débile. Je lui ai demandé si elle allait m’aimer toujours, malgré tout. Depuis je travaille, elle est revenue se coller à la maison avec la puce, un boulot qui laisse peu de temps aux post-it, sinon peu de bonheur intérieur pour le faire de la même façon.  Quand les enfants passent, que l’agenda donne une pause, mes yeux repassent, comme hier soir, sur la beauté brut et sauvage de la fêlée. Ils détaillent la force des accents d’une silhouette faite sur mesure pour l’amour, ils se racontent l’imprudence du désir, la rencontre de celui-ci et de l’objet de l’autre, comme lorsque Dieu prend son crayon pour vous dessiner ce que vous souhaitez de plus cher.

Quand mes yeux passent sur elle, quand le coeur s’attardent en elle au même moment, je me rappelle et m’engage encore. C’est chaque jour une nouvelle signature, posée à coups de caresse ou d’absence de mots, c’est signé parfois la main tremblante, comme on tremble quand on a peur de perdre, comme on tremble quand on aime à être prêt à jouer sa propre vie.

À propos, c’est ça les post-it délire! Et c’est même pas pour contrebalancer le peu de charme que j’ai parfois  que notre humour a parfois -)

Quand visa joue le destin!

Filed Under (La vie ensuite) by Exivrogne on 03-01-2008

Dans un couple, même le plus amusant et le plus célèbre qu’on puisse trouver dans le même salon, il arrive que les opinions soient particulièrement discordantes.  Tiens! Prenez pour exemple que dans la même semaine, Sophie Durocher exprimait son indignation quant au jeu Mafia qui banalisait selon elle le crime organisé, tandis que son mari Richard Martineau s’interrogeait sur la façon que nous avons de faire des moumounes de nos enfants

Pas de quoi fouetter un chat, c’est même à se donner le ton sur comment on va élever le petit dernier de la famille, mais c’est dans ce raisonnement que je me suis amusé à observer nos enfants jouer à “Life”, “Destin” en français, un jeu de société de notre enfance qui est maintenant offert avec la carte Visa et le petit terminal pour remplacer le bon vieux fric.  Vous le savez, je sais, mon épouse vous en a parlé hier.  Mais c’est l’angle de la carte de crédit voyez-vous, moi, qui m’intéresse.

J’avoue avoir été assez surpris de voir la tante offrir le truc aux enfants.  Elle a aucune dette, n’en veut pas une de plus, elle a des tas de miliers de billets verts en banque, puis elle veut rien avoir à faire avec le crédit.  Vous imaginez assez bien que j’ai eu bien hâte de voir comment nos petits allaient se comporter devant cette carte qui donne droit à tout, même à s’endetter!

Parce que le jeu permet ce que notre époque ne permettait pas! Vous pouvez aller dans le rouge autant que vous le voulez! Que 10% d’intérêt sur la machine, que vous achetiez votre diplôme (20000$) ou que vous le fassiez pour tout autre truc! La machine dit “oui” à tout, que des intérêts qui s’ajoutent quand vous entrez votre “Sky is the limit” carte Visa pour enfant dans la machine électronique du Destin.

Alors voilà! Puce s’est ramassée avec -46900$ jusqu’à la toute fin.  C’est même pas grave, vous savez pourquoi? Parce qu’à la fin, le gagnant est déterminé par un “ratio aléatoire de conversion des acquis” spécialement fait par la tite machine, le terminal. Vous avez beau vous creuser les méninges pour faire un parcours sur la planchette de jeu qui équilibre votre vie étudiante, puis professionnelle, puis la vie de famille, ajouter 2 ou 3 bébés, puis une voiture économique et une maison familiale, rien à cirer de l’équilibre! On laisse la machine fixer le ratio! Ce qui fait que Puce, avec 46000$ de dette, un emploi au tout début de sa carte, un diplôme frais trouvé, le tout sans maison, s’est fait la deuxième place, après mon PHd, mon diplôme, mon emploi à 325000$, mes deux enfants, ma maison et ma voiture écono.  Ah, je vous parle même pas de mes 9000 points “Destins”.  Le fils qui jouait avec nous, ben avec aucun crédit, deux diplômes et d’autres trucs, le ratio l’a envoyé dernier.

Allez pas vous tromper, il est merveilleux ce jeu, tout droit dans la réforme scolaire et l’absence de performances, de compétition. Fais le luron autant que tu veux, lances tout ton cash par la fenêtre, on a une fin heureuse pour toi, tu seras du groupe jusqu’à la fin de la partie! Comment on fera? Ben avec un “ratio aléatoire de conversion des acquis!”.  C’est presque pareil comme un bulletin non-chiffré!

Le jeu il est pour les 9 ans et plus. Visa y a inséré un petit feuillet dedans, pour apprendre aux enfants à épargner. Il y a même un lien vers leur super site de gestion financière personnelle pour enfants.  Je vous file l’adresse, tandis que je leur prépare une savante réponse écrite!  Là on a comme la limite à ma patience! On peut jouer, jouer longtemps à tout un tas de trucs, le problème devient réel quand on associe le jeu, le comportement qu’il dégage, à une marque et une réalité de vie! Là on touche à quelque chose d’ éminemment pervers!