Je sais pas pourquoi la vie s’amuse à ce genre de truc, mais parfois elle me lance avec une assiduité peu commune dans une direction qui est toujours la même et de pas mal de façon. C’est venu avec les propos de Marie-Josée dans son billet d’hier, dans lequel elle s’exprime ainsi:
Époque bénie: [...] les courbes féminines étaient valorisées (aujourd’hui, Marilyn Monroe frôlerait l’obésité!), les méchants vraiment méchants et les crimes rarement impunis.
Puis il y eut chez Jacynthe, qui préfère les petits coeurs à la cannelle au chocolat, pour le goût un peu, aussi parce que le chocolat, c’est à vous enrichir un cul, dit-elle autrement. Je compte même plus le nombre de billets qui oscillent entre l’épilation intégrale ou la deuxième couche pour l’hiver, ce serait inutile à la poursuite de ce que je tente d’exprimer ici. On s’éloignerait pas mal.
D’ailleurs si j’ai jugé utile d’écrire ce truc, c’est pour en finir avec quelques imbécillités qu’il m’a souvent été donné de croiser. Parmi celles-ci, il y aurait que ceux qui valorisent l’opulence serait toujours des obèses qui tentent de s’affranchir tout en se résignant et que les hommes disant préférer les courbes généreuses seraient de pauvres laiderons qui ont l’art de remonter le moral de leur bien-aimée tout en étant “trop orgueilleux pour ne savoir admettre pouvoir trouver mieux [sic!].” J’ose même pas lier le billet, ce serait vous inciter à la violence!
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La première femme que j’ai vu dans ce qu’est la femme quand il fait pas trop froid devait bien tenir sur deux pages. Le magazine faisait plus dans l’image que dans le texte et étrangement, c’est la seule revue qu’on achète pour les articles alors qu’on doit constamment s’excuser pour la couverture. À cet âge déjà, le monde en était pas à sa première contradiction. À cet époque d’ailleurs, sans voir les cheveux d’une femme on avait des indices pour en deviner la couleur, alors que maintenant, du moins parait-il, elles auraient toutes les cheveux rose, pire encore, seraient chauve.
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J’ai aimé les peintures de Corno parce qu’elles représentaient la femme telles que ces revues me l’avaient présentée alors enfant. Des hanches pour briser le mouvement de mes caresses qui sinon devraient regarder pour se rendre compte où elles en sont, des reins dont le mot creux n’est pas l’accident d’un parcours mais la naissance d’un cul qui peut porter, un ventre qu’on peut sentir sur le sien sans devoir presser l’autre à tous les instants, une femme de chair, de courbes, là où le plaisir doit négocier habilement les virages, là où les caresses ont tous les repères pour appeler les gestes qui attendent d’être posés.
J’ai aimé Corno comme j’ai aimé ce tableau. Un tableau qui m’était arrivé sous les yeux, trop jeune encore, dans un accident de bibliothèque au temps où encore, je ne savais pas aimer les images autant que les mots qui les font. J’ai depuis admiré ceux que plusieurs ne regardaient pas même de côté. La femme était faite. Dieu avait pu la créer mais ce livre me l’avait dessiné. J’avais d’ailleurs bien faillit casser la gueule à ce mec qui, qualifiant un amour d’un autre temps, m’avait dit:
Au royaume des aveugles, les borgnes sont rois!
J’ai aimé Corno pour l’hommage qu’elle en a fait de ces courbes, ces rondeurs, bien des années plus tard, pour le prix des toiles aussi, pour me rappeler que mes goûts pour les formes étaient un luxe et qu’aimer ainsi la femme pouvait être hors de prix, non résignation.
J’ai un jour écrit dans un billet de nos débuts, à la fêlée et moi, que je remerciais les enfants de savoir sculpter les hanches que Dieu avait amorcées. Je remercie encore les mêmes dons, avec la même admiration, qu’on glorifie le chocolat, qu’on ramène l’essence de la beauté, que les courbes cessent d’être l’ennemi à éliminer, que la beauté ne soit plus une erreur qu’on qualifie de lâcheté, terme qu’on prête aussi à ces femmes qui affirment vouloir la porter.
Ai-je déjà pensé prier Courbet moi?