Juste vous dire…

Filed Under (La vie ensuite) by Exivrogne on 02-05-2008

…comme ça, que la sculpteure a appelé mercredi, qu’elle a ce qu’il faut comme notes, et de couilles aussi, pour se rendre où elle veut. Que ses enfants ont la bouffe qu’il faut dans le frigo, manque juste la capacité de rêver. Vous dire, finalement, que son mari il va lui envoyer ce qu’il a réclamé de l’impôt, vous dire, finalement, que devant tout ça, on a bien le droit de se faire un week-end, non?

Les saisons de Florence

Filed Under (La vie ensuite) by Exivrogne on 15-04-2008

sflorence -  Bonjour monsieur l’ivrogne! qu’elle dit avec sa voix de drôle de bonheur.

-  Bonjour madame la sculpteure! 

-  Bonjour!

-  Ça se dit madame la sculpteure?

-  Oui, mais le madame moins.

* * *

-  Tout va mal aujourd’hui! qu’elle me dit de sa voix qui tremble.

Les voix, quand elles tremblent, c’est pareil que les feuilles. Si vous attendez un peu, si vous faites un certain nombre de silences, alors les automnes de la vie vont les casser sans rien dire. Les malheurs aussi peuvent faire ça, il y a des mamans pour qui la vie c’est toujours l’automne.

-  J’en peux plus monsieur l’ivrogne! qu’elle me dit fondant en larmes. Je sais plus quoi faire, je m’en sortirai jamais. J’ai plus un sous, je vais tout lâcher, je suis écoeuré, j’en peux plus.

Les sanglots, quand ils s’échappent dans tous les sens, c’est pareil que l’automne. Si vous attendez un peu, si vous faites un certains nombre de stupidités, ils vont devenir des hivers. Les coeurs aussi peuvent faire ça, il y a des mamans pour qui la vie c’est toujours le coeur en hiver.

-  Alors voici ce qu’on va faire… Puis votre ivrogne d’essayer toutes sortes de solutions, même pas parce qu’il est généreux, même pas parce qu’il est gentil, juste parce qu’il trouve insupportable de voir une maman se briser dans des saisons à chier, juste parce qu’il sait le genre d’enfants tordus que ce genre de météo peut finir par générer.

* * *

-  J’ai pas vu vos sculptures!

-  Elles intéressent pas grand monde, il y a personne qui voit les efforts que je fais.

Je lui ai pas parlé de ceci, je peux pas, je lui ai juste conseillé d’aller marcher au printemps avec, dans sa poche, une solution et un ivrogne qui a une sculpture à aller voir.

On va l’appeler Florence

Filed Under (A partir si, La vie ensuite) by Exivrogne on 27-03-2008

florence Vous allez peut-être la rencontrer un jour. On va l’appeler Florence. Pourquoi? Parce que c’est beau. Ça suffit pas? Parce que c’est mon espace! Rien à foutre? Elle non plus. On va l’appeler Florence, c’est tout. Si vous la rencontrez et vous dites Florence, alors elle se tournera pas. Ce sera bien, parce que Florence, c’est mieux qu’elle garde les yeux et le coeur sur ses rêves.

Florence elle a les cheveux tout blonds. Il y en a partout, c’est comme une pluie qui ondule au vent contre sa tronche de sourire, comme quand il pleut des cordes de blé, comme quand des orages d’étoiles font les filantes dans toutes les directions, des perséides autour d’un visage blanc. Des étoiles à prendre entre les doigts des amants de passage, qui laissent toujours un petit quelque chose, quitte à en faire des enfants.

Puis une Florence qui refuse de laisser traîner, quitte à leur donner des noms, s’en faire une raison, puis une de vivre tant qu’à faire. Rien à branler qu’ils soient tous sourds, arrivés par trois sur autant de chiffres.  Rien à cirer qu’ils faillent les faire manger, la belle vie, c’est comme une pension alimentaire, suffit pas de la mériter pour l’avoir. Alors, quand tu fais Florence, aussi bien se faire une raison des enfants.

Florence elle est jamais seule. Partout où elle va où il faut apprendre un truc, il y a quelqu’un qui écrit tout pour elle. Quelqu’un qui est spécialiste de prendre des notes. Quelqu’un qui remâche les mots compliqués pour les cracher d’une façon que Florence peut comprendre. Quelqu’un qui, autrement que les ivrognes devenus un peu cons, est capable de dire bonheur en un mot.

Elle a eu une petite surprise dernièrement, un des ex il a demandé sa part des allocations familiales. Vous le sentez le bonheur? Le genre que pour en avoir le silence, on lui fait une garde partagée de papiers et on accepte qu’il ne l’honore jamais. On accepte ainsi qu’il achète ses absences. Un qui vous le fait en surprise comme ça, un qui fait qu’on vous coupe tout ensuite, le temps que monsieur retrouve sa part.  Un qui fait pleurer des mamans.

Pour m’expliquer comment elle trouve ça moche, elle a besoin de personne Florence. Elle le dit toute seule, les mots comme “j’ai mal l’ivrogne!”, on a pas besoin d’interprète pour les mettre ensemble. Même pour les jours où elle les dit pas, on les entends quand même. C’est jamais pour toujours, c’est le temps du cri, c’est le temps qu’elle se lève, tapant les deux mains sur la table pour faire oublier le poids des mots, me faire son sourire à 42 dents, puis repartir.

Vous allez peut-être la rencontrer un jour. Elle fait des sculptures, elle apprend, dans la grande grande école. Elle se paie, avec plein de misères, une preneuse de note. Elle va avoir un énorme papier qui va dire qu’elle y est arrivée. Elle vient me montrer ses notes parfois, c’est toujours avec des plus et deux premières lettres d’un alphabet qu’elle peine à saisir.  Ceux qui méritent les honneurs ont jamais su lire leurs médailles.

Vous allez peut-être la rencontrer un jour. Elle veut enseigner.  Elle le ferait comme mon ami Mario il veut les voir le faire, avec des sourires qui font des vagues dans la voix, avec des bras qui battent l’air pour la symphonie de passion qui anime celui qui la vit, avec le désir plus fort que tout de donner ce qu’on a tellement peiné à recevoir.  On va l’appeler Florence, parce que vous allez peut-être la croiser un jour, et je refuse qu’elle se retourne en entendant ce nom, pendant que vous lui dites que son rêve est pas possible.