Vous allez peut-être la rencontrer un jour. On va l’appeler Florence. Pourquoi? Parce que c’est beau. Ça suffit pas? Parce que c’est mon espace! Rien à foutre? Elle non plus. On va l’appeler Florence, c’est tout. Si vous la rencontrez et vous dites Florence, alors elle se tournera pas. Ce sera bien, parce que Florence, c’est mieux qu’elle garde les yeux et le coeur sur ses rêves.
Florence elle a les cheveux tout blonds. Il y en a partout, c’est comme une pluie qui ondule au vent contre sa tronche de sourire, comme quand il pleut des cordes de blé, comme quand des orages d’étoiles font les filantes dans toutes les directions, des perséides autour d’un visage blanc. Des étoiles à prendre entre les doigts des amants de passage, qui laissent toujours un petit quelque chose, quitte à en faire des enfants.
Puis une Florence qui refuse de laisser traîner, quitte à leur donner des noms, s’en faire une raison, puis une de vivre tant qu’à faire. Rien à branler qu’ils soient tous sourds, arrivés par trois sur autant de chiffres. Rien à cirer qu’ils faillent les faire manger, la belle vie, c’est comme une pension alimentaire, suffit pas de la mériter pour l’avoir. Alors, quand tu fais Florence, aussi bien se faire une raison des enfants.
Florence elle est jamais seule. Partout où elle va où il faut apprendre un truc, il y a quelqu’un qui écrit tout pour elle. Quelqu’un qui est spécialiste de prendre des notes. Quelqu’un qui remâche les mots compliqués pour les cracher d’une façon que Florence peut comprendre. Quelqu’un qui, autrement que les ivrognes devenus un peu cons, est capable de dire bonheur en un mot.
Elle a eu une petite surprise dernièrement, un des ex il a demandé sa part des allocations familiales. Vous le sentez le bonheur? Le genre que pour en avoir le silence, on lui fait une garde partagée de papiers et on accepte qu’il ne l’honore jamais. On accepte ainsi qu’il achète ses absences. Un qui vous le fait en surprise comme ça, un qui fait qu’on vous coupe tout ensuite, le temps que monsieur retrouve sa part. Un qui fait pleurer des mamans.
Pour m’expliquer comment elle trouve ça moche, elle a besoin de personne Florence. Elle le dit toute seule, les mots comme “j’ai mal l’ivrogne!”, on a pas besoin d’interprète pour les mettre ensemble. Même pour les jours où elle les dit pas, on les entends quand même. C’est jamais pour toujours, c’est le temps du cri, c’est le temps qu’elle se lève, tapant les deux mains sur la table pour faire oublier le poids des mots, me faire son sourire à 42 dents, puis repartir.
Vous allez peut-être la rencontrer un jour. Elle fait des sculptures, elle apprend, dans la grande grande école. Elle se paie, avec plein de misères, une preneuse de note. Elle va avoir un énorme papier qui va dire qu’elle y est arrivée. Elle vient me montrer ses notes parfois, c’est toujours avec des plus et deux premières lettres d’un alphabet qu’elle peine à saisir. Ceux qui méritent les honneurs ont jamais su lire leurs médailles.
Vous allez peut-être la rencontrer un jour. Elle veut enseigner. Elle le ferait comme mon ami Mario il veut les voir le faire, avec des sourires qui font des vagues dans la voix, avec des bras qui battent l’air pour la symphonie de passion qui anime celui qui la vit, avec le désir plus fort que tout de donner ce qu’on a tellement peiné à recevoir. On va l’appeler Florence, parce que vous allez peut-être la croiser un jour, et je refuse qu’elle se retourne en entendant ce nom, pendant que vous lui dites que son rêve est pas possible.