Je suis dans une autre dimension!

Filed Under (La vie ensuite) by Exivrogne on 09-02-2008

paullepaysanwu0 Votre bulletin de nouvelles du weekend risque d’arriver que tard ce soir! C’est même pas grave tellement vous êtes bourrés d’imagination pour savoir exactement quoi faire de tout ce temps sans languir une seule minute!  Puisque là je viens de me lever, puisque les enfants étaient dans leur chambre à faire leur devoir depuis 7 heures ce matin en silence et que j’ai bien failli en faire une crise cardiaque, je vais aller me pincer une bonne couple de fois assis à vous lire, pour me dire que tout ça est bien réel, que je suis pas mort cette nuit et déjà arrivé au paradis.  Je reviendrai cet après-midi pour vous parler un peu, si je suis encore vraiment sur terre et pas dans une autre dimension en ce moment!

Bille en tête

Filed Under (Ex-Ivrogneries) by Exivrogne on 14-01-2008

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On vous a déjà raconté l’histoire de Renaud, cet ado qui traine dans notre salon, dans notre frigo, dans notre messenger, dans notre coeur, aussi, pas mal. Si vous vous souvenez pas il serait bien de repasser ici, ce sera utile pour la suite. Vous avez le droit d’être paresseux et de continuer quand même, mais allez pas ensuite m’en vouloir de n’y rien comprendre.

Pour lui faire voir plus de pays que son ghetto de pauvreté lui cache souvent, j’ai accepté samedi matin de l’amener avec moi pour aller cueillir fils près de Montréal. Puis comme ces temps-ci, il se rappelle pas mal la mort de son père, il invente en même temps toute sorte de trucs pour passer du temps avec moi et son désir de faire 5 heures de voiture était pas du tout étranger à ce manque un peu cruel qu’à Renaud d’une présence masculine signifiante.  D’ailleurs pour la signifiance, me semble qu’il aurait pu trouver mieux, mais ça c’est une toute autre histoire.

Alors le Renaud il a pas perdu une seconde, il me parle de ses rêves, de ses déceptions, de ses amours, de ses coups de coeurs, de ses femmes qui le retournent, les plus vieilles encore plus, de l’angoisse du métier à choisir, de la putain de pauvreté, de sa mère qui va prendre un an de plus cette année, de cette manie qu’a Renaud depuis la mort de son père quand il avait dix ans, de presque remercier Dieu chaque fois que sa mère prend un jour de plus les deux pieds sur terre.

Alors je lui réponds en rafale aux questions d’ado en rafale. “Renaud, la vie est une salope, mais elle est d’abord une femme. Capricieuse et belle, qui t’offre que ce que tu peux lui offrir, tant que fidèle, la vie est une femme Renaud, avec cette drôle d’habitude de partir aussi, sans trop dire quand, pour amener avec elle ceux que tu aimes.”  Il a compris, on allait chercher mon fils pour le week-end.

“Puis pour le métier Renaud, c’est le contraire d’une partie de fesse, souviens t’en. C’est pas parce que tu le fais bien que tu aimeras le faire!”

Renaud il voudrait présider un pays et conduire des camions. Je l’ai même pas engueulé. Je me suis allumé une clope en voulant vivre en même temps.

Je lui ai parlé de son permis de conduire, son temporaire, celui qu’il devait aller chercher depuis des lunes et qui traine comme un ado qui a une décision à prendre. C’est à cause de la pauvreté qu’il a remis aux calendes grèques. “Je t’avance l’oseille et tu déneiges la cour!”, on venait de régler pour l’essentiel. Quelques mois avant, il avait demandé à la Fêlée, comme les ados savent risquer le tout pour le tout, s’il pourrait pratiquer sa conduite dans notre auto neuve. On avait fini par acquiescer.  Maintenant que son permis devenait possible, Renaud a remis la tête dans les nuages, a continué d’y fouiller les bouts de ouates du paradis, tout d’un coup que son père lui ferait un sourire de là.

Je l’ai pas engueulé. Je lui ai pas dit de cesser de fouiller. Je lui ai même pas raconté que j’haïs novembre depuis que je cherche dans le ciel, à son âge je le faisais, mon grand frère, mon premier fils, ma grand-mère et son mari, plein d’autres que le ciel bleu a déraciné de rêves sur terre.

Je me suis seulement demandé comment il pouvait être aussi gonflé de rêves, encore. Puis hier, en allant me faire la salle de bain, bien assis sur le haut trône, un des seuls plaisirs qui restent aux cons comme moi devenus adultes, je me suis mis à relire “Bille en tête” de Alexandre Jardin, Renaud me l’avait ramené samedi matin, je lui avais prêté pour garnir un peu sa culture boulémique. “Je savais que la mienne [la vie] était en train de naitre et qu’elle serait à coup sûr, moins sinistre.” écrit Jardin. J’ai compris, c’était la faute à Jardin. Il m’avait fait le coup quand j’avais l’âge de Renaud, avec “Fanfan”, pour aimer les femmes. J’aime ma fêlée que je me suis mis à repenser, et c’est un peu la faute de Jardin.

Me suis rallumé un clou

Filed Under (Ex-Ivrogneries) by Exivrogne on 23-11-2007

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Vous avez pas besoin de savoir comment il s’appelle.  Vous avez surtout besoin de savoir qu’il a 63 ans, qu’il a le corps pas plus gras que les années qui restent, qu’il a le dos qui courbent, pas juste sous les ans, aussi sous les coups de la vie, sous le courage qui quitte et qui est remplacé par quelque désespoir.

 

Je prends la clope avec lui tous les matins.  Alors il me parle de sa femme.  Je vous en parlerai un jour aussi, je vous dirai qu’elle en est à son 3ième cancer, autant de rémission, la maladie vient de lui donner un coup de rame à elle aussi, dans les reins, elle en a laissé un sur la table d’opération.  Il est dans une poubelle quelque part, avec les rêves de la vieille dame.

 

Alors souvent son vieux il me raconte comment elle va, il me dit qu’elle demande de mes nouvelles, qu’elle a apprécié la tourtière qu’on lui a cuisinée, qu’elle voudrait bien qu’on aille prendre un café, qu’elle aime bien me voir la bouille, qu’elle trouve que je suis drôle, que je suis gentil, que je me débrouille bien, elle trouve ce que trouvent ceux qui me connaissent bien peu.

Puis ça me rappelle ma grand-mère tout ça, partie avec le vent du matin qui emporte ceux qui font pas 80 livres, puis je tourne le regard vers le patron qui part, en jetant sa clope, qui marche le vent dans la face, les mains dans les poches, qui se retournent à mi-chemin en se rappelant l’arrivée de la fin du sien, qui me regarde les yeux plissés et qui me dit « Mon voisin qui avait le cancer, l’est mort hier! ».

 

Me suis rallumé un clou.

À qui la balle?

Filed Under (Ex-Ivrogneries) by Exivrogne on 14-11-2007

Je vous dirai pas c’est qui.  Il a déjà payé assez longtemps pour l’accident. 

C’était l’hiver, juste ça devrait vous suffir pour voir qu’on fait pas dans les bonnes nouvelles.  C’était dans une cour d’école.  Il faisait froid dans mon temps, les hivers étaient comme certaines femmes, arrivant tôt et sachant plus trop quand partir.

Il avait un bras de fer.  Il lançait la balle plus loin que personne, il était pas trop doué pour les mots, mais pour les balles je vous dis, c’était le meilleur.  Alors on lui en faisait de neige, pour les combats de récré.  Fallait le fournir parce que c’était la guerre.  On était les munitions, lui la catapulte.  On confectionnait des dizaines de boules de neiges, bien serrées.  On les laissait à ses pieds.  Alors il se penchait plus vite que l’éclair, la ramassait, puis l’éclair blanc partait.  Un moment donné il est resté figé, le bras de fer le long du corps, le regard perdu dans l’autre camp, un attroupement tout le tour de sa cible.

La balle avait frappé la tempe.  L’ennemi était tombé. On n’avait même pas dix ans.  On s’est tous regardés.  On a décidé d’instinct de ti-culs une chose bien vite.  On allait être lâches et tous en même temps.  On allait dire que c’était la faute de celui qui tire, pas de celui qui fait les balles.  C’était une balle de neige, c’était son bras.  Tirez sur le messager qu’on puisse s’en aller. 

Je vous dirai jamais c’est qui.  Il dort encore mal.  Je l’ai revu des années plus tard. L’ombre de lui-même. Le coeur à la flotte. Il avait un truc au fond des yeux, juste une question je pense, elle devait être “Comment sais-tu si c’est pas l’une de tes balles qui l’a fait tomber?”

Je déteste les accidents de récré.