Un seul qui décide qu’il en a assez!

Filed Under (coup de gueule) by Exivrogne on 03-03-2008

grandmere Il y a un bout où on ne s’est pas parlé Renaud.  C’est que ça tourne vite ces jours-ci, c’est de drôles de moments. Même que l’os que je t’ai lancé, croyant que ton chien de cerveau grugerait pour un moment, voilà que t’en a eu que pour quelques heures, y’a rien de pire que les neurone qui jouent les cabots affamés.

Puis c’est un peu rapide là ton rythme. Il faut que tu saches que je planifie bien ce que je te fais lire moi. Tu peux pas tout prendre le cul assis à table en bouffant les pages comme tu le fais avec la tarte le nez dans notre frigo. Il y a une aventure dans les briques que je te lance, des instants souhaités aussi, des rêves que j’emprunte à ces gens pour que tu les respires à ton tour.

Mais puisque tu veux faire vite, puisque c’est la faute à Mistral et la mienne, à Jardin aussi avec les billes qu’il t’a foutu dans la tête, alors puisque c’est un peu ma faute aussi de t’avoir un peu rapproché ces deux lectures sans un Poulin bien placé entre les deux, comme un mauvais trait d’union, comme une fausse douceur sur la réalité à chier, puisque tout ça, on va débouler un peu, donc.

D’abord te dire que c’est à chier ton idée de lâcher l’école pour aider ta mère à se faire un peu moins de diables à tirer par la queue. Te dire qu’on enfante pas la pauvreté en lui donnant celle qu’on se mettrait alors entre les deux oreilles. C’est quoi cette idée imbécile dis-moi? Tu vas pas dépouiller ta mère de ce que tu pourrais devenir en plus de la voir être dépouillée d’un peu de justice? Tu vas pas passer ta vie à regarder ton ennemi au ciel en attendant qu’il daigne descendre le temps que tu lui bottes le cul? Tu vas pas passer tes jours à maudire des systèmes que tu te tues à étudier, schématiser?

* * *

J’ai pas rendu grand chose à ma grand-mère, pas même un peu de certitudes pour tout l’argent qu’elle a mis derrière mes ivrogneries, mais je vais te confier ce que j’ai déposé à ses pieds il y a deux ans. Je suis entré dans sa chambre, là où ça sentait le cancer et la petite vieille, plus le cancer parce qu’il était généralisé, je suis entré donc, l’ai pris dans mes bras, l’ai roulé jusque dans la cour arrière de l’hosto-dieu, lui ai allumé un clou, puis lui ai dit:

-  Je suis pu fâché, fâché après toute là tsé, j’pense même que je suis heureux.

Elle a fouillé mes yeux pour lier ça à une vérité. Elle a serré ma main, l’a mise sur ses jambes qui portaient plus ses 80 livres, elle a regardé le ciel, a tapotté ma main encore… j’pense que c’est là qu’elle a dit qu’il faisait beau comme il y a longtemps. J’pense que c’est là qu’elle m’a cru. J’pense même que c’est là que ma famille a cessé d’être pauvre. Parce qu’il y en a un qui a décidé que c’était… assez!