Ah! La rationalisation petite!

Filed Under (La vie ensuite) by Exivrogne on 19-01-2008

Bon je suis passé par chez-toi petite. C’était même pas exprès, c’était en écoutant Birkin, “Quoi”, c’était presque en même temps qu’elle dit “J’aimerais que la terre cesse de tourner pour descendre!”  Tout juste après qu’elle dise “Toi t’aimerais mieux mourir que de te rendre.”  M’enfin, j’prends un détour plutôt qu’un raccourci, je suis jamais très brillant quand vient le temps de dire ce genre de truc.

Tu vois, le bout de ton billet où tu finis par admettre ton alcoolisme, il me rappelle un truc qui me laisse toujours sourire.  C’est d’ailleurs bien que ce soit aujourd’hui, je suis pas sans en avoir besoin.  Parce que quand des gens comme nous disent pour la première fois “Je suis alcoolique!”, c’est presque que comme le coming out de l’homosexualité de Daniel Pinard, on était bien les derniers à penser qu’il en restait pour pas savoir.

C’est comme ensuite, quand on tient toute sorte de conversation pour noyer le poisson, on est bien les seuls à penser qu’on en mène tout un tas dans notre barque à rationalisation!  Tu te souviens de la rationalisation petite? Je t’en parlais dans un de mes commentaires, c’est la maladie qui fait qu’on prend toute sorte de moyen pour se faire avaler à soi en même temps qu’aux autres que tout va rondement, même après un verre de rechute.

Va pas penser qu’on est les seuls à en souffrir! Rassure-toi! On est des tas! Ma mère a rationalisé chaque jour de plus qu’elle a enduré notre père qui frappait autant qu’il mentait comme il respirait jusqu’à nous étouffer.  Ma grand-mère rationalisait chaque fois qu’elle disait que ce serait bien de pas regarder juste ma consommation, parce que c’était bien la faute à mon père et sa manie d’ouvrir notre porte un peu trop tard certaines nuits.

C’est la maladie aussi de tout ceux qui disent que c’est pas leur faute, c’est pas si pire, c’aurait pu être cent fois plus odieux, c’est parce que… C’est la rationalisation, c’est la porte ouverte ensuite sur une honnêteté parallèle, qui nous pousse dans cette solitude, dans notre raisonnement qu’on croit même plus, dans notre souffrance toute inchangée au-dedans mais présentée toute maquillée au dehors. Rationaliser la rechute, c’est lui donner l’essence qui lui faut pour qu’elle dure et dure.

Alors quand on commence à voir le jour, on prononce “Je suis alcoolique.” Exit les négociations avec soi-même et l’autre réalité, exit les mensonges à soi au nez des autres. On se libère. Aussi libre que le gai qui cesse de tenter de se marier, remarque que sans certains d’entre eux, je serais pas au monde.  Exit les chances que l’on donne à la maladie de revenir nous chercher, gonflée des raisons qu’on peut lui inventer. Le bonheur est jamais loin ensuite, jamais certains non plus, mais authentique, pur, vrai.

Je suis passé par chez toi petite. Cet après-midi on m’a dit que trente ans c’était déjà vieux, que nos peaux étaient plus celle de ceux qui ont vingt ans, que nos formes disparaissent pour renaître plus moches.  J’ai regardé la jouvencelle qui me flanquait ça au visage, sans lui dire que je suis mort en octobre 2004, pour renaître un lendemain, autrement.  Mon nouveau coeur et l’amour dedans fait pas son âge, tant que je lui redonne pas, bien sûr, la crève de la bouteille.

* * *

Bon demain là on va vous mettre le bulletin de nouvelle en ligne. Ce sera demain parce qu’aujourd’hui, comme je disais à la petite, le bonheur étant pas toujours certain, il semble être allé un peu ailleurs. Alors vous allez quand même pas jouer les égoïstes en me demandant en plus de faire le clown. Il serait triste.

Je voulais te dire Petite…

Filed Under (La vie ensuite) by Exivrogne on 09-01-2008

C’était en octobre, il y a 3 octobre en fait… Allez je vais te raconter un peu petite! Quand je me levais, j’étirais le bras. Il tremblait comme une feuille. J’attendais qu’il touche la canette sur le plancher. Je relevais la tête, je prenais la première gorgée.  Si elle était “flat” je savais que j’avais dormi un peu longtemps, si elle pétillait un peu c’était que quelques heures. T’auras remarqué petite que j’ai écris “levé” mais que j’ai pas mis “matin” ou “soir” ensuite, c’était que dans mon monde, il faut que tu saches, il n’y avait plus de soleil, plus de lune, plus de nuit, plus de vie bon, pour faire clair.

Mon système fonctionnait sur deux heures: 8h et 23h. Le début de mon monde, et la fin de l’autre.  Il y avait aussi 3h du matin, mais ça c’était déjà loin dans une autre vie, quand je pouvais encore supporter d’autres êtres humains.  À la fin de 2004, je pouvais plus en voir un seul, c’est presque vrai, je devrais dire le caissier ou la caissière, sinon le reste pouvait bien crever.

Je les comptais plus petite. Je comptais plus les boulots non plus. Exit les promesses, la propreté, le respect, l’espoir, mon fils, c’est pareil. On jette le bébé avec l’eau de vie, tôt ou tard je te le jure petite.  J’avais bien fait quoi, 3 thérapies, plein de Dieux, autant de gourous, j’avais même eu une femme et le fils avec. J’en avais même perdu un que Dieu m’avait arraché de la vie juste pour me montrer comment. Alors petite, t’imagine la raison pour boire encore mieux!

Puis il y a eu ce soir là, je sais pas trop comment c’est arrivé. Je te raconte mais j’ai honte un peu. Puisque c’est la maladie de la honte, une de plus ou de moins… Je te la raconte, juste entre toi et moi. Je pouvais pas être plus sombre, plus triste, plus mort, plus éteint. Je prends le téléphone et voulant plus rien de la vie et de son décor, je me dis que je vais aller m’enfermer dans un monastère, vais me convertir et plus parler, vais… alors je prends le téléphone, j’appelle un prêtre, il me file un numéro où appeler… quand on a répondu à cet endroit, c’était un hôpital psychiatrique ou un truc du genre.

Alors j’ai jeté le Dieu avec l’eau de vie et le bébé qu’il m’avait arraché, puis j’ai commencé à appeler à tout plein de centres, il y en a un qui a bien voulu ne pas attendre au lendemain pour me prendre. Il savait qu’il avait rien à faire d’une dépouille au petit matin. C’était il y a 3 ans, plein de centaines de dodos, j’ai plus jamais retouché une canette, ni appelé un prêtre, j’ai repris un fils ailleurs, celui qui me restait, je suis allé me bercé un peu contre la vie, petite, et tu sais, même si c’est pas toujours, même si comme dirait Sarko, ça donne pas davantage le droit au bonheur, au moins, ça ne l’empêche surtout pas.

Je voulais juste te dire persiste petite, comme je me le dis à moi-même, chaque jour, depuis celui-là en octobre 2004.