Paroles d’ivrogne

Filed Under (La vie ensuite, coup de gueule) by Exivrogne on 15-05-2008

Rz_102b Vous le savez, je parle jamais de la chose politique, pas plus que je me pointe le nez dans les grands débats que vous aimez remuer un peu partout chez-vous. Mais ce matin, on va faire un peu différent. Ce le sera pour une seule raison d’ailleurs, c’est que je vais vous raconter une discussion que j’ai eu avec un monsieur, avec un directeur de son école en fait.

Épouse vous l’a mentionné, on est aux prises avec une bande de joyeux voyous. Ceux qui ont pu suivre un peu les commentaires se seront rapidement rendu compte que j’en avais marre au point de me rendre à l’école pour identifier ces jeunes tordus avec l’aide du directeur. Ben voilà, c’est un peu de ça qu’on va se causer ce matin, mais c’est sur une autre question, et c’est même de sa faute à lui.

-  Dites-moi monsieur l’ivrogne, les cours d’éthique religieuse et tout le reste, à vous, ça vous dit quoi!? qu’il me demande le directeur.

-  C’est la meilleure façon de ne pas arriver à faire ce qu’on prétend faire monsieur!

-  Ah!? me fait l’homme heureux de me voir mordre l’hameçon. Faut vous dire que j’allais pas manquer ce barbecue.

Alors il a voulu que je lui raconte. Paroles d’ivrogne. Je vais vous résumer le tout ici. Et je dis résumer. Parce que j’ai pas le temps de vous faire le grand tour de la question, parce que je vais tout simplement ouvrir sur mon argument principal, et parce que surtout, je vais compter sur votre intelligence pour conclure assez aisément sur ce qui me chicote, au fond.

L’enfant recevra le contre-message, directement de sa famille, avec une force qui risque de surpasser celle de l’enseignant [...]

On est dans les valeurs. On se retrouve avec une formation sur les valeurs. Or, qui dit valeur dit dans la même veine conflit de valeurs. Avec quoi, c’est peu important, c’est surtout le "avec qui" qui devient préoccupant ici. On est loin du bon vieux cours de morale où le pardon se retrouvait dans le programme pédagogique au côté du mot tolérance, qui a l’imbécile connotation de "endurer", mais ça c’est une autre histoire. Alors voilà, je vais vous faire l’histoire de petit ivrogne quand il était en morale et qu’on lui a appris le pardon en morale.

Petit Ivrogne revient de classe:

-  Maman, on a parlé du pardon aujourd’hui! (de dire petit ivrogne à sa maman qui sortait d’un divorce houleux avec un pédo incestueux violent…)

-  Le pardon mon grand, c’est la façon d’oublier de donner les coups de pieds dans le cul à ceux qui le méritent et les encourager lâchement à aimer ne pas en recevoir.

On a plus jamais trop reparlé du pardon. On a longtemps constaté qu’on avait chez-nous des conflits de valeurs.  Il se peut qu’un soir notre grande arrive à la maison pour nous dire que Bouddha, tout comptes faits, il a l’air d’un type bien. Puis Mahomet aussi. Bon, chez-nous, on va en parler calmement, comme pour le Père-Noël, la fée des dents, Jésus et le bon Dieu. Mais il y a des familles où ça va crier ferme. Des familles où l’enfant va rapidement comprendre qu’il est au coeur d’un conflit de valeurs dans son enseignement et comment ses parents ont envie de pas du tout poursuivre les explications.

Qui dit conflit de valeurs dit surtout émotions quant à la façon de les exprimer pour qui en ressent le choc. L’enfant recevra le contre-message, directement de sa famille, avec une force qui risque de surpasser celle de l’enseignant qui ne fait que se conformer à la dispense d’un programme qu’on lui impose. Aussi, plus triste encore, l’argumentaire parental créera exactement l’opposé des objectifs louables d’un tel programme, unir les jeunes québécois autour de leur nouvelle réalité citoyenne.

Il s’agissait de regarder un peu la commission Bouchard-Taylor pour le comprendre, il fallait que quelques minutes pour saisir qu’on allait plutôt creuser un fossé en tentant de mettre de l’avant, par et chez l’enfant, cette culture d’autrements qu’on tente d’amener dans les écoles.

Dans ce temps-là j’ai envie d’avoir l’opinion de mon ami Mario. J’ai regardé le directeur d’école et lui ai raconté mon meilleur ami, mon ami le polonais, on avait 9 ans je crois dans le temps, comme mon fils maintenant. On a eu un cours d’éthique et de culture assez simple. Un ballon, une cour de récré, un directeur pour venir jouer avec nous pendant 3 jours dans la cour, un directeur qui nous a demandé de lui apprendre le ballon-chasseur, puis le ballon-milieu, puis la tag, puis le roi de la montagne…

Ensuite? Debout devant un globe terrestre, puis à la bibliothèque… sur le tas, doucement, dans le plaisir, dans le jeu. Quand j’ai ramené mon copain David à la maison, ça a jamais été si compliqué que ce ne l’avait été pour le pardon. Ma mère voyait un enfant heureux. Ce programme comporte deux erreurs majeures. Il ne se fait pas avec le parent, et il a oublié surtout une chose ce programme, le jeu demeure, comme en santé, le jeu demeure pour l’apprentissage le meilleur lien que l’on puisse faire entre l’être et le savoir qu’on aimerait lui faire rencontrer.

  • Jours depuis la dernière insomnie: 4
  • Humeur matinale: Bonne
  • Niveau de stress: Satisfaisant
  • Moral: Bien
  • Crédit photo:  Photo-Libre

Ma femme qui aide les siennes

Filed Under (La vie ensuite) by Exivrogne on 08-03-2008

felee2 Je te souhaiterai pas bonne journée de la femme et tu sais pourquoi. Tu sais premièrement que moi, ce genre d’occasions, c’est un peu comme te reléguer à une cause. C’est jamais loin d’un ghetto que d’insérer l’existence d’un être humain dans une journée mondiale. C’est se dire qu’il faut s’obliger à y penser au moins une fois, plusieurs qu’une fois, plusieurs même pas.

Mais si jamais tu y tiens, j’aimerais que ce soit ta journée de pause. Toi la femme qui a cessé de travailler pour prendre la liberté de tes journées, toi celle qui doit subir les étiquettes que l’on met à celle qui font le même choix que toi, toi qui, depuis ce temps, offre bénévolement de ton temps pour d’autres femmes qui vivent certaines difficultés dans leur vie, de l’argent aussi, souvent, c’est jamais gratuit le bénévolat, heureusement.

Toi qui siège gratuitement avec d’autres femmes sur un conseil d’administration dont la mission est de trouver des moyens de briser l’isolement de certaine des tiennes, toi qui ménage pas les efforts pour qu’elles passent le stade d’une déprime qui les accable, toi qui avec tes diplômes pourraient faire vivre toute la famille, toi qu’on a pas pris le temps de connaître avant de t’étiquetter de lâche au foyer.

J’aimerais te féliciter d’aider toutes ces femmes, souvent tôt le matin, des téléphones tard le soir, des kilomètres dans la marde blanche pour aller en écouter une autre, aller lui donner un souffle de fierté, d’estime de soi, d’amour de soi. J’aimerais te féliciter des fins de semaine que tu sacrifies pour cette cause, surtout quand on dit de toi que tu t’appauvris et que tu te mets en position de contrôle de ma part en n’étant pas rémunérée, toi aussi.

J’aimerais te féliciter parce que je sais que si j’étais suffisamment con pour passer cette porte, si je la passais avec tout notre compte en banque, chacun de tes meubles, et les nôtres, je sais qu’alors ta colère se lèverait, au-delà de la peine, et qu’il ne se faudrait que de quelques heures pour qu’à nouveau, tu prouves cette extraordinaire capacité que tu as de vaincre cette vie et ce qu’elle peut être assez conne pour mettre dedans.

J’aimerais te féliciter parce que tu envoies pas chier toute celles qui croient que tu es plus faible, moins autonome, moins puissante, moins forte. J’aimerais te le dire parce que toi tu ne le feras pas, tu vas encore ouvrir l’ordinateur bientôt et te remettre à ta mission bénévole d’en aider d’autres, parce que ton humilité fait que tu crois qu’il est inutile d’en parler, qu’il vaut mieux laisser penser.  J’aimerais te le dire parce que j’admire ce que tu fais chaque jour, pour que ce soit enfin leur journée, peu importe la date.