Bonne fête nationale fils!
Filed Under (La vie ensuite) by Exivrogne on 24-06-2008
Cher mon Fils, c’est bien à toi que je pense en ce jour de Fête nationale. Oh va pas confondre, pas de la façon un peu bleue bonbon qu’on entend souvent pour souffler sur certaines braises. Tu sais, j’ai jamais pu rallumer les feux que ton arrière-grand-père avait démarrés. Comme il avait pas l’habitude de montrer comment, c’est resté quelque part, des cendres comme les siennes.
Je sais pas cette usure, cette lassitude, c’est peut-être juste que mon pays c’est toi. Peut-être que c’est ça, c’est peut-être ta fête tiens! T’es peut-être cet espoir de changement, ce vent qu’on nomme de toutes les façons, ce serait mieux qu’une pilule mélangée à la bouffe pour mieux passer, des obstacles nommés défis, des doutes nommés lâchetés, des réticences étiquettées d’obstination et des passions aussi, qu’on appelle des acharnements.
Peut-être que c’est toi ma frontière et mes étendus, mon miroir citoyen et mes reflets d’épargnant, mes rêves de terres rétrécis dans les mises de fonds et mes passeports à deux sous pour des pays de femmes et de mauvais demains. Peut-être que c’est toi le pays que tout le monde découpe et recoupe, ou au contraire conserve jalousement, chacun dans son coin, convaincant des convaincus et déclarant la guerre chaque fois encore une fois.
Peut-être que c’est moi pour qui maintenant un drapeau parachute alors que pour toi il mongolfie et envole, inventant des verbes pour se dresser et éviter tous les mots connus qui savent plus rêver, sinon mieux mourir. Peut-être que c’est toi alors, d’une nouvelle fierté, avec tous les autres enfants d’ici, sur la palette de couleurs d’une nation créatrice, qui dessinera ce projet de société qui précède tous les pays à conserver, à créer, ou à remuer.
Peut-être que justement, parce que peut-être toi, c’est pour un peu tout ça que je te parais si lâche alors que je ne fais que me dire qu’au moins, en me faisant chaque jour plus vieux et lent de coeur et d’esprit, au moins il serait utile que je ne nuise pas. Et c’est peut-être ce plus beau cadeau, pour cette fête que tu aimes tant, que je choisis de te faire aujourd’hui, celui de ne pas nuire à ta capacité de rêver.
“[...] des rêves qui n’arrivent pas à la cheville du plus noble peut-être: un jour habiter le pays que les enfants auront dessiné”
Alors bon Dieu rêve! Je m’éloigne pendant que tu dessines. Je retourne sans nuire convaincre les convaincus, féliciter le discours de ceux qui pensent comme moi, je retourne écrire mes prudences, cacher mes dissidences, dissimuler d’autres rêves, des rêves qui n’arrivent pas à la cheville du plus noble peut-être: un jour habiter le pays que les enfants auront dessiné. Je le crois de toutes les couleurs, j’aime à le penser plein de cet oxygène qui me quitte en vieillissant, celle du courage de te raconter que sans toi, mon fils mon pays, le mien me glisserait sous les pieds.
Rêve bon Dieu, apprends-moi qu’avant mes limites à repenser, il y a quoi mettre dedans, avant de grandir ou de conscrire il y a m’habiter et me tolérer moi-même, avant toute chose il y a la lente interrogation que les jours amènent en usant chaque fois un peu plus, ai-je le courage de laisser rêver les enfants et de tout simplement, aujourd’hui pour longtemps, ne pas nuire? Bonne fête nationale mon Fils majuscule.
