Le releveur

Filed Under (La vie ensuite) by Exivrogne on 10-09-2008

Je vous entretiens pas souvent sur le sujet des beaux-pères, un mot que je déteste d’ailleurs, mais qui est celui assez universellement utilisé pour décrire ce que je suis dans la vie de puce, l’homme dans la maison qui n’est pas son papa.

C’est un drôle de rôle beau-papa. C’est pareil que pour la belle-maman, je fais aucune distinction sur le genre ici. C’est une position particulière, c’est tout. Vous savez, je vous l’ai longuement raconté pour mon fils, avoir un enfant qui n’est avec soi que 2 jours sur quatorze, ça laisse peu l’impression d’être vraiment dans la vie de son enfant, c’est un simulacre de paternité dans l’application, c’est avoir un coeur qui bat en dehors de soi, dans le bonheur comme dans les souffrances, c’est 250 kilomètres de fibres nerveuses branchées en continu sur le coeur.

Beau-père, c’est autrement, c’est l’autre second rôle, c’est là parce que c’est plus le tour de l’autre, c’est le choix de maman qui débarque dans la maison, c’est aimer sans attendre de retour, c’est prendre sous son aile, à tout le moins pour les besoins de base, un enfant qui peut passer un bon moment à souhaiter vous voir partir et son père revenir.

J’ai la chance d’avoir une relation extraordinaire avec la puce. J’aime cet enfant de toute la tendresse qu’il me reste au coeur. J’aime cet enfant parce qu’elle a rien à faire de mon amour, j’aime cet enfant parce qu’elle le prend quand même. Je l’aime surtout même si je sais que sinon l’indifférence, mon amour a peu à voir en comparaison avec celui qu’elle souhaite de son père, de toutes ses petites forces.

Être beau-père c’est être frappeur de relève, releveur, c’est ça. C’est comme dans une réunion d’école, où vous iriez si le papa honorait pas son engagement, qu’il accepte, alors vous restez sur votre cul, qu’il annule, alors vous vous levez de votre cul, qu’il accepte à nouveau… alors vous retournez sur votre cul. Être beau-père, c’est parfois n’avoir d’utilité que de déclencher les autres, régler par votre présence et l’orgueil qu’elle suscite, ce que vous devriez autrement faire. Et quand le coach vous rappelle au banc, c’est prendre bien soin de votre orgueil à vous, sans quoi ça ferait pas mal de monde agissant pour les mauvais motifs.

Zazou se demandait, chez la dame fêlée, comment il prenait ça l’EX… j’ai pensé qu’elle parlait de moi, je lui devais au moins cette réponse!

Vos désirs sont presque des ordres!

Filed Under (La vie ensuite) by Exivrogne on 16-02-2008

kid Ça va faire deux ans bientôt que je t’ai pas écrit un mot ma puce.  Tu te souviens? Il y en avait partout, je t’en aurais fait des étoiles si mon cerveau avait pu les illuminer.  C’était souvent la nuit, ou au petit matin, je les collais sur ton lit, pour que tu les vois quand t’allais plus me voir.  D’ailleurs tiens! Ces jours-ci, j’ai la mémoire gentille, je me souviens le tout premier, c’était celui-là:

“Suis parti trouver plein de milliers de façons de plus devoir partir! Je t’embrasse!”

* * *

Tu t’es jamais trop posé la question qu’est-ce qu’il me fallait trouver pour arriver ici, dans vos deux vies. Pas mal de courage tu sauras. On affronte pas deux femmes le coeur à moitié. Il lui faut battre comme on est prêt à le faire, pour toutes les craintes et les espoirs, pour tous les démons tant qu’à faire. Ça les femmes aussi en ont plein les placards, souvent ceux que les hommes laissent derrière pour pas devoir les porter. C’est facile à savoir dans ce temps-là, il y a même pas de place pour une cravate.

Fallait pas trop déconner pour arriver à faire ensemble. Puis je savais bien que t’en avait pas trop à cirer que je traîne dans tes parages, toi c’était les papillons, une chute, des dessins, du McDo et aussi d’autres cossins. D’ailleurs c’est là qu’on a pris cette décision, ta mère en avait marre de travailler, moi je venais d’arriver, équipé comme un ivrogne, j’avais qu’une chose à donner, du temps. Le mien pour le sien, le mien pour le tien, le mien pour que ta mère t’en donne autant, juste qu’à en avoir trop.

Je te raconte pas la crainte du fils quand il a su que t’étais dans ma vie chaque jour.  Il s’est demandé quelle place la chose allait lui laisser. Vous vous êtes reniflé un bout de temps, vous êtes dit que ce serait bien d’avoir l’air de vous apprécier, je t’ai même jamais raconté qu’il t’aime bien pour vrai, l’est con comme son père le fils. Il ferait toutes sortes de trucs débiles pour qu’on l’aime. Je sais ce que c’est, ça fait sauter à la corde, acheter des tas de trucs, prendre tout un tas de temps, ça fait même partir pour Québec, entre deux femmes.

* * *

S’il y a un truc qu’on est bien débiles de faire ma puce, nous les parents, c’est de vous expliquer comment et pourquoi on a divorcé.  On est à vous dire qu’on ne s’entendait plus, que c’était mieux comme ça, qu’on s’aimait plus tellement, qu’on se voyait plus passer notre vie ensemble, que c’était la seule solution, malgré pas mal d’efforts. Dans ce temps-là, on s’imagine jamais que quand on couvre plus de cadeaux, quand on couvre de trop de cadeaux aussi, quand on est trop ou pas assez là, quand on sait plus quel nez de clown mettre pour faire rire encore la puce, dans ce temps-là, donc, on s’imagine jamais qu’elle nous dira, un soir à la table:

-  J’aimerais ça que vous divorciez!

Je vais te filer un truc, je t’ai écouté, j’ai fait la moitié du chemin nécessaire pour y arriver hier.  Je l’ai pas fait parce que toi, encore moins parce que nous, je l’ai fait parce que je me fais vieux, parce que j’en ai toujours un peu rêvé, parce que c’est la seule chose que je peux réussir et qui ne dépend que de moi, parce que c’est la seule chose qui compte, quand vous décidez égoïstement, un peu comme les grands, d’aller au plus facile plutôt qu’aimer. Ça a été difficile ce soir-là de vous dire que ce serait peut-être mieux de pas nous menacer d’un choix, que c’est jamais bon les flingues sur la nuque, en amour. Ça a été difficile hier, parce que depuis que j’y pensais, jamais j’avais imaginé que tu voulais la fin avant le début.

* * *

En passant je déteste parfois vous écrire à vous aussi, prenez comme maintenant, il me passe à l’esprit que peut-être dans les idées d’un con d’entre-nous, il va y avoir cette pensée que la demande d’hier était pour me protéger de cette situation, c’est aussi pour ça que je vous aime. Parce que je dois me souvenir que vous allez faire trop vite que comprendre. Ou alors, vous savez pas calculer vous!