Votre docilité, le fils et la marcheuse
Filed Under (La vie ensuite) by Exivrogne on 10-03-2008
Je vous le dis pas souvent mais je trouve que vous êtes des gens biens. Presque dociles. C’est bien d’ailleurs parce que j’ai pas trop le droit d’être méchant. Si vous vous mettiez à faire plus con qu’il faut, je serais en bien mauvaise posture. Il me faudrait alors vous tolérer. Puisque j’ai déjà du mal à le faire avec moi-même, alors imaginez avec vous.
Vous êtes des gens biens. Je le remarque et c’est souvent. On écrit sur un bout de papier numérisé “77 commentaires” et vous en faites 91, on vous demande des suggestions de blogues et votre cerveau se met à bouillir, on vous livre un journal 3d en retard et vous venez le demander très poliment dans mon MSN. Avouez que vous êtes bien élevés.
Bon vous allez me dire que tout le monde est pas comme ça, je le sais. Ça me fait penser à ce courriel reçu dans ma boîte plus tôt ce mois-ci. Une photo en pièce jointe, une seule phrase…
Je veux mon personnage en 3d.
Cause toujours mon lapin!
* * *
Le soleil m’a fait du bien aujourd’hui. Je vous le raconte pas souvent mais chez-nous le bonheur, chez-nous en dedans de moi là, chez-nous le bonheur donc, c’est une aventure difficile. Mon contrat avec la vie, je le renouvelle quotidiennement, la signature est parfois plus longue à venir que d’autres jours, la fêlée et moi, on se voit bien rendre un dernier souffle sur le toit d’un Westfalia, à peine assez vieux pour pas devenir con.
Dans ce temps-là, quand le bonheur joue la maîtresse difficile, presque vieille fille, je braille pour rien. Pour un violon, pour un piano, pour une voix rauque et chaude, pour un enfant que ses parents jouent les cons. Alors voilà, je suis con et capable d’avoir l’air imbécile. Tiens, je vais vous le prouver. Hier soir pour divertir le fils, on a écouté La Grenouille et la Baleine. J’ai chialé deux fois. Quand la petite fille apprend que le grand-père veut vendre l’auberge, puis quand le père réalise que l’imbécile a jamais réalisé que la grenouille, elle est tombée du radeau en pleine mer.
Mais je chiale pas mal caché. Parce que j’ai bu autant que les études universitaires du fils, on fait pas de scotch qui se respecte à bas prix. Même que le cognac a les mêmes défauts, le porto aussi, ça vous le saviez. Ce serait bien qu’il veuille devenir écrivain. Je chiale caché aussi parce que je remercie souvent Dieu de pas m’avoir confié un radeau et de mettre le fils dedans. Je suis pas certain que me serais rendu compte qu’on voyageait plus ensemble, arrivé sur la rive.
* * *
Vous êtes des gens biens, je vous l’ai dit tantôt. Même que vous revenez chaque jour fouiller ma vie avec votre grand nez haute-vitesse cablé jusqu’au cou. Vous êtes même polis. Vous pourriez dire que ce blogue est souvent noir, que l’humeur y est moyenne, vous oublieriez alors que je vous ai dit que le soleil m’a fait du bien aujourd’hui.
Du bien pour la chaleur, pour les yeux qui plissent, pour les marcheurs qui prennent un tout autre pas, pour cette marcheuse surtout, je vais vous en parler demain, elle et moi on se voit chaque jour, elle sait rien de moi, elle a le nez dans sa pauvreté de vie, alors que moi, je l’ai dans l’espoir, l’espoir qu’elle est né pour le soleil que je cherche souvent.
