La peur c’est encore respirable quand c’est pas étouffé par la honte
C’est la semaine de vacances de fils à la maison. Sa première de l’été. La première de quatre. La première seul dans sa chambre aussi. Les demandes de ne pas fermer la porte, celle qui concerne l’heure où j’irai au lit, où je serai pendant qu’il dort, enfin, fils a peur. On parle plus de peur d’ailleurs, à ce stade on dit terreur. On dit angoisse aussi. On dit les mots qu’on peut pour mettre sur un enfant qui dormait toujours pas hier soir à minuit et trente minutes de frousse, des sueurs à vous faire des océans de chandails, celles qui lui font me dire que c’est pas au-dessus ou sous les couvertes qu’il fait moins chaud. C’est la trouille qui glace.
La peur c’est encore respirable quand c’est pas étouffé par la honte. Celle de la dire. Fils a un mélange d’orgueil, de honte, de fragile estime de soi et de peur des réactions des autres qui fait qu’il préfère de loin taire l’émotion paralysante. Alors c’est la gorge nouée qu’il a refusé de me dire qu’il avait des cauchemars éveillé. C’est les yeux derrière ce brouillard qui vous tranche la gorge qu’il tentait de faire passer les mots. Des mots de mensonges pour dire tout sauf j’ai peur.
Je suis certain qu’un jour un génie trouvera, en fouillant notre adn, d’où peut bien venir tout ce bagage émotif qui à mon avis ne peut entièrement être dû aux acquis comportementaux acquis en se faisant la vie. Je suis certain que ce chercheur présentera à mon fils la source de cette émotion paralysante, castrante, meurtrissante, qu’est celle générée par notre imagination aussi morbide que débordante.
Alors je ne prends aucune chance, je lui raconte que moi aussi. Que moi aussi des années. Que moi aussi des images me hantaient. Je ne lui ai pas dit qu’encore maintenant. Il est des moments où je tourne une poignée de porte et où l’odeur du sang me remonte au nez. Des moments où les images reviennent par saccades agressives et me fouettent le coeur qui cherche à me sortir de la poitrine. Je ne lui ai pas dire qu’encore maintenant. Je ne lui ai raconté que celles qui sont parties. Celles des voleurs et autres salauds, celles des méchants et des monstres à tentacules visqueuses. Parties les salopes, amenant pas mal de choses avec elles, dont la confiance sourde de certains qu’on ne finit pas sa vie abandonné. Partir pour ouvrir la porte des peurs des vieux: la perdre, qu’un fils oublie qui l’a souhaité plus fort que ma propre vie, la peur de finir aussi con que maintenant, parfois.
Alors j’ai, j’imagine, pas trop à vous dire ce que seront mes discussions avec le fils cette semaine, tout d’un coup qu’elles lui permettraient de vivre sans ce qui lui tranche le coeur et les trippes.