Veiller très tard

Filed Under (Ex-Ivrogneries) by Exivrogne on 21-07-2008

Malgré les années de sobriété, il est toujours demeuré le souvenir des douleurs. La nuit de l’alcoolique est difficile à décrire. Elle s’écoute, elle se sent, elle ressemble beaucoup à cette chanson là.  Je vous raconte pas les nuits de voiture, seul avec la mort, le volume fort à vous faire battre le coeur sans quoi il oublierait de le faire. Les visages qui passent, des visages tristes. On peut pas ranger ces souvenirs là, incomplets heureusement dûs au trop bu, mais des flashes suffisants quand même pour savoir qu’on a pas aimé autant qu’on aurait pu.

 

 
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Des larmes pour défense

Filed Under (Ex-Ivrogneries, La vie ensuite) by Exivrogne on 02-07-2008

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Des larmes comparables à celles que l’on verse quand on se refuse de toucher à nouveau à un amour qui brûle, qui détruit, qui anéantie.

J’ai un ami qui a soif. Pas n’importe laquelle des soifs. Une soif rude, intérieure, prenante, paralysante, insidieuse. Quand on cesse de boire, surtout les premiers jours, il est normal que cette dernière se pointe le nez, surtout quand toute votre vie, du plus loin que votre mémoire puisse vous ramener, vous buviez.

Je vous en parle parce que j’ai envie de le féliciter. Parce que vous ne savez pas la soif, pour la majorité d’entre-vous chers lecteurs. Vous ne savez pas les larmes de colère, tournée contre soi et l’amour fou de cette substance, les larmes qui demeurent à ce moment la seule arme libératrice de l’emprise de la soif.

Des larmes d’une grande signification aussi, pas seulement de la souffrance, mais de la détermination que possède quelqu’un à ne pas consommer, aujourd’hui, maintenant. Des larmes qui signifient le pacte presque contre-nature qu’un ivrogne fixe avec lui-même de ne pas aller vers son mouvement le plus naturel. Des larmes qui signifient que cette séduction douloureuse de la bouteille, bien l’ivrogne refuse de s’y rendre. Des larmes comparables à celles que l’on verse quand on se refuse de toucher à nouveau à un amour qui brûle, qui détruit, qui anéantie.

Je connais ces larmes. Des larmes de résistance, des larmes pour dire que tout ce que l’on a en soi, enfin presque tout, nous pousse vers la souffrance de refuser encore de toucher ce premier verre. Des larmes qu’on dirige à qui veut bien les prendre parce qu’autrement, on va brûler de l’intérieur, mourir debout, crever sur les genoux, ensuite. Des larmes que je vous demande de prendre pour mon pote, vous avez pas idée de son combat d’hier, vous avez même pas idée de sa réussite aujourd’hui, parce que c’est de ça qu’il est surtout question dans ce billet, de ce grand miracle qu’est mon ami lointain, sobre une journée de plus.

Votre chèque est dans la malle!

Filed Under (La vie ensuite) by Exivrogne on 27-06-2008

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Bon week-end! Comprenne qui pourra!

J’étais pour vous écrire ceci…

Filed Under (La vie ensuite) by Exivrogne on 01-04-2008

ti “[...] C’est comme à la guerre. Il y a une balle pour toi. Tu ne sais jamais quand, tu ne sais jamais d’où elle va venir, tout ce que tu sais, c’est qu’elle viendra.”

C’est de Mistral, c’est dans Vamp. Ce pourrait être aussi de ceux que je côtoie dans mon quotidien, des collègues, des complices, des amis.  Je fais un métier* où il y a une balle pour moi. Presque une vraie balle. Presque pas au sens figuré. Dans mon métier on ne tue pas les gens pour vrai, dans le mien, on assassine de l’intérieur, on tue la réputation, on frappe au coeur. On se charge du coeur qui porte l’amour, pas de celui qui bat. Celui qui bat, de peur ou d’angoisse, celui-là on attend qu’une conjointe qui en a marre le brise pour vrai.

Mais ma conjointe elle part pas. Elle est de celles qui restent. Celles qui pleurent souvent, celles qui sont fières parfois, celles qui ont peur tout le temps. Elle a touché la plaie, elle avait entendu le coup partir, ses yeux sont devenus aussi grands que ce que j’ai de mots “aimer” pour elle. Elle a planté ses yeux dans les miens, les jambes ont vascillé, mais la soudure a tenu le coup, dirait Desjardins.  Elle est là, ce soir, mi-heureuse et mi-triste, me regardant jeter la balle, constatant que ce n’était pas la bonne, heureuse que ce soit pas de celle qui assassine, triste que le suspense doive se prolonger jusqu’au prochain coup de feu, le prochain coup de salaud.

Je fais un métier où il y a une balle pour moi. Quand celui qui la tire ne se fait prendre que par vous, il tourne la tête pour chercher des témoins, puis il avance calmement et vous tend la main. Vous regardez dans ses yeux, tout en serrant la sienne, et vous savez qu’il promet de faire mieux la prochaine fois. Vous vous dites à bientôt, reculant vers le mur, rajustant la cravate. Vous savez qu’à sa vue, désormais, il vaut mieux reculer que tourner les talons. J’étais pour vous écrire ceci ce soir, mais je vais aller au lit, et demain, peut-être, ma cravate comme pare-balle, retourner nous aimer dans mes drôles de corridors.

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* Commencez pas à chercher, tous les métiers où vos collègues peuvent vous marcher sur la tête pour votre chaise sont l’équivalent!

Les au revoir des autres

Filed Under (Ex-Ivrogneries, La vie ensuite) by Exivrogne on 30-03-2008

ope Je vous le dis pas souvent mais je suis pas un bien bon ami. Demandez-le aux deux Pierre. Le premier, sa femme m’a annoncé que je l’avais manqué de peu, au bout de sa corde. J’ai encore la lettre qu’elle m’avait envoyée pour me rappeler où ils vont, les mots qu’on a pas pris le temps d’entendre et l’amour inconnu, que nul n’a découvert!*  “T’étais un fils pour lui!” écrivait-elle. Je l’ai même pas envoyé chier.  Y’a l’autre aussi, lui la vie l’a fait pour lui avant qu’il ne se le fasse. Pareil comme l’autre, parti sans que je le sache. Avouez que je mens pas quand je vous parle de mes qualités d’ami.

Tiens prenez l’autre, le Grand Gris. Il s’est prit l’idée de s’éclater un peu, puis une veine aussi, en pleine tronche tant qu’à faire. La moitié du corps a fait du pictage, l’autre voulait travailler. J’ai changé ses couches, 6′3 de merde à laver, des week-ends durant. L’est mort pareil. Seul aussi, le seul week-end où je pouvais pas être là. C’est venu me rassurer, je suis pas seul à maltraiter ceux que j’aime.  Le Grand Gris, nos derniers moments, c’est des dons de merde et de se sauver quand j’ai la tête ailleurs.

J’ai mis des années à pas trop vouloir investir. Je suis meilleur le coeur serré. Je fais bien quand il faut éloigner. Je maîtrise l’art de repousser.  D’ailleurs, la dernière fois que j’ai aimé un homme, on s’était juré de jamais se laisser tomber. On allait plus jamais se saoûler, c’était surtout comme promesse, à cracher au ciel quitte à ce qu’il nous tombe sur la tête, avant même que la morve ne revienne. Il a finit saoul avant le troisième paragraphe de ce billet. En tôle question de marquer le coup. Depuis, sa mère va mieux.

* * *

Vous arrivez ici de plein de façons. Certains en sautillant, d’autres venus faire chier, d’autres trébuchent sur une phrase, se révoltent, se revisitent, ceux-là habituellement, surtout les derniers, on se raconte nos vies en courriel pour éteindre nos feux.  C’est comme ça qu’il est arrivé. Comme un cognac coupé d’eau. Fifthy d’audace, fifthy générosité, à vous chauffer la gorge et apaiser vos tripes.  Ceux-là comme le cognac, ils me font un peu peur, on peut passer des heures à se raconter des salades et la vie.

Puisque les bons mecs arrivent jamais seuls, on a connu cette celle aussi, un happy hour que je vous dis cette rencontre, la tendresse longue comme ses jambes, des yeux de mer à carte postale, la candeur de ceux qui croient en la vie, le bonheur aussi de celles qui enfantent des beautés d’ailleurs.  On a tout pris l’épouse et moi, le bonheur et les enfants, le bébé et les sourires, cette celle qui cache pas sa crainte derrière l’assurance consommée des faux-culs, cette celle dont les yeux font juste dire que ce serait bien être la meilleure maman du monde.

C’est pas des rêves étroits que de rendre heureux un enfant. C’est d’ailleurs assez chiant ceux qui se fichent d’encombrer le monde. Tant qu’à ajouter des bouches à nourrir à une planète qui sait plus en supporter, aussi bien passer sa vie à vouloir qu’elles soient heureuses. C’est ce qu’elle fait à coup de tendresse, de charmantes maladresses aussi, quand je vous dis que les incertitudes ont leur charme.  De toutes façons le père est occupé lui aussi, dans la nature comme dans les choses, à faire la vie meilleure et à coups d’autrement, en inventant du bonheur là où il pousserait même pas une roche.

* * *

J’ai appris peu de choses du départ de Grand Gris et des deux Pierre. Même que ça tient presque en ces petites choses qu’il me reste de moi. J’ai qu’un vague souvenir, sinon, que ce serait bien que ceux-là qui arrivent dans mes amitiés sachent tout de suite combien je les apprécie, surtout depuis ce jour des départs où j’ai compris qu’on a rien à voir avec les au revoir des autres.

* Ce sont là des paroles de la chanson “Les Rendez-Vous” de Claude Léveillé.