Comment ne pas faire boire un ivrogne dans un souper où ça entend bien picoler!

Filed Under (La vie ensuite) by Exivrogne on 27-02-2008

laguiole Je sais pas toujours quoi vous raconter. C’est d’ailleurs pas qui se passe rien. C’est souvent qu’il se passe beaucoup, trop en même temps. Ma pensée dans ce temps-là se défend, elle devient linéraire, elle déboule les idées comme des marches mal jaugées, elle en profite pour faire les coins ronds, vous en êtes capable aussi, je sais.

L’intellexuelle sait le faire aussi! D’ailleurs j’aime bien ceux qui se collent des étiquettes, c’est toujours brave ou un peu con les étiquettes, c’est même parfois comme l’humilité, c’est disparu de celui qui la porte dès qu’il se la colle au front. Mais bon, allez pas pensez que pour elle, c’est ce que je veux dire, elle est intellectuelle pour vrai, on le voit tout de suite au grand tour que prend la question. Pour reconnaître un intello d’ailleurs, remarquez la longueur des questions, inversement proportionnelle aux réponses. Les réponses c’est moche, c’est d’ailleurs à reprendre dès que c’est terminé.

Sa question je vous la file en tout petit, vous avez le droit d’aller la voir version “roman” dans la section du courrier du lecteur. Elle se demande en fait comment on peut faire pour picoler dans un souper quand on y a invité un ivrogne qui a décidé de plus l’être. Le reste autour de la question, c’est pour le malaise, dans ce temps-là, on met pas mal de mots.

Alors voilà… la réponse: on l’aime!

Je sais pas d’ailleurs intellex comment tu aimes tes amis. C’est jamais simple chez les intellectuels ces questions. Ce serait gaspiller pas mal de temps en se répondant tout de suite. Mais je vais te dire que chez moi, si je reçois un diabétique, j’évite de lui faire un forêt noir même si c’est son souper de fête.  Je suis pas en train d’oublier que t’aimerais bien que je parle d’étiquette, de tout le reste. Mais l’étiquette sans l’amour, la considération d’un ami, la politesse au pire, c’est donc, l’étiquette sans tout ça, une insulte au simplement.

L’étiquette dit que l’ivrogne devrait lui-même en s’assoyant retourner son verre pour indiquer dès les premières secondes qu’il n’entend pas boire. Mais ça évite jamais les imbécilités des autres autour qui faute de comprendre ce qui se passe, ont l’excellent idée de l’encourager à boire d’un chic “enwoueille donc, juste un! On va te tcheker!”  Ce genre là, on a envie de leur rouler un steak autour des mollets, de les envoyer jouer avec Brutus le chien boxer, en lui disant… “Enwoueille, on va te surveiller!”

M’enfin, l’étiquette passée, il reste l’ivrogne qu’on sait qu’il boit pas mais qu’il retourne pas son verre… ouin… Épreuve suprême pour ceux qui aiment à jouer les oenologues amateurs avec un limonadier Laguiole manche d’ébène vrille de teflon. Épreuve suprême mais l’ultime politesse. Ouvrir la bouteille, la mettre au centre de la table, dire aux gens: “Servez-vous”… Ça va vous changer de pas compétitionner d’enflure verbale autour du vin que vous buvez et vous permettre de parler d’autre chose que votre extraordinaire connaissance des vins même pas si unique que parfois vous me faites de la peine, ceux qui peuvent boire, de réserver sans pudeur à votre gosier.

J’aurais pas pu me permettre ce genre de texte avec tout le monde, c’est ce qui est beau des intellos, ils voient le charme entre les virgules, les mots, les pauses, tous les silences.

C’est pour ça que je vous garde ici!

Filed Under (Ex-Ivrogneries) by Exivrogne on 11-02-2008

soif2  Ce soir je vais te décevoir. Puis elle aussi peut-être. Puis faire peur à elle un peu. Ce soir si tes lecteurs atterissent ici pour trouver un beau grand truc, plein des silences que tu dis criants et des lettres qui font de drôles de notes, on va les envoyer là, ça va leur filer une claque et faire que t’auras pas menti.  Arriver première dans le French Canadian Patente Award a ses obligations de rigueur.  Puis l’autre que je vais décevoir, c’est même pas ma faute. Puis celle à qui ça fait toujours un peu peur dans ce temps-là, ben elle va continuer de faire semblant de pas prier tout en conversant comme une fêlée avec ma grand-mère qui avait promis de me filer un coup de main dans ce temps-là.

J’ai soif.

C’est pas la première fois, c’est pire qu’une crampe d’impureté qu’on tente de calmer devant un campus de nymphettes qui vous retiennent prisonnier. J’ai soif, la soif souffrante que ressent l’ivrogne. Petite elle va d’ailleurs sûrement garder l’oeil sur ce qui se passera ici, vous seriez gentils de pas lui donner raison qu’on est un peu débiles en écrivant toute sorte de conneries de génie dans mes commentaires, Petite elle a soif aussi, assez pour décider de modérer la bouteille, et puisqu’elle est pas alcolo, ce serait bien que vous lui fassiez pas complètement peur de le devenir!

Mais j’ai soif.

Dans ce temps-là mon cerveau il se met à se dire tout un tas de trucs, à négocier avec tous les arguments que la maladie, aussi pernicieuse soit-elle, peut trouver pour vous mener en bateau. D’ailleurs, le mot ivrogne a la drôle de connotation qui laisse à penser que j’aurais pu boire de l’alcool à friction habillé comme un clochard, pourtant, j’ai peut-être été à vos côtés dans vos virées des clubs m’as-tu-vu alors que j’étais bien souvent triste de voir ce que vous donniez à votre palais comme torture liquide pour des raisons économiques. J’aimais boire, et je traitais ma passion en lui offrant des maîtresses de ce nom. La vie me les parade encore, il m’arrive souvent d’avoir envie de poser mon nez dans leur cou pour sentir les parfums d’avant.  C’est de cette soif, aussi, dont je parle.

Mais j’ai soif.

J’écris “ivrogne” parce que dans cette solitude aussi, j’étais tout à fait capable d’apprécier une canette ouverte depuis des heures et laissée de côté le temps que le sommeil éthylique passe et me laisse reprendre mes esprit. Ivrogne parce que faute de parfum, la matière de base pouvait faire parfaitement l’affaire. On va pas badiner sur la couleur quand les tremblements sont si sévères qu’on ne peut même plus écrire.

Suis allé voir un groupe d’alcooliques l’autre jour. On a une règle sur l’anonymat entre nous. L’un deux a pas jugé important de la respecter. Je me suis ramassé dans de drôles de situations qui appellent au pardon et à quelques joyeux “je vous salue Marie!” Mon métier permet pas plus qu’au chirurgien de vous faire penser que je peux me tromper. Depuis j’ai écarté l’idée de retourner dans des groupes d’entraide à moins que ce soit bien loin de chez-moi. Même là je n’ai jamais cette garantie de passer tout à fait incognito.

C’est pour ça que je vous aime et que je vous garde ici. Même que malgré tout le respect que j’ai pour ce mec que j’aime à lire souvent, pour l’éthique et pour le contenu, je persiste à croire que l’anonymat est ce qui me sauve la vie, chaque soir, chaque fois où pas mal bourré de tristesse, j’ai soif.  Ce sera pas pour aujourd’hui que j’irai lui donner raison à la soif, même qu’elle m’a déjà torturé davantage, dans ce temps-là, souvent, comme je l’ai suggéré à la Petite, “si tu allais voir à ma place si on peut y arriver à seulement quelques verres”. Puis, surtout, je les supplie de revenir en un seul morceau, le coeur pas trop brisé.